21 janvier 2008
Faut-il avoir peur des fonds souverains ?
Banques américaines cherchent urgemment milliards de dollars pour renflouage de caisse. Où trouver des investisseurs prêts à lâcher de telles sommes en un temps record? Du côté des puissances émergentes, bien sûr, les producteurs de pétrole et pays asiatiques qui croulent sous les réserves de change. C’est donc tout naturellement vers les fonds souverains de ces États que les banques se tournent. Merrill Lynch et Citigroup, qui ont annoncé respectivement des pertes de 6,69 milliards et de 6,71 milliards d’euros au quatrième trimestre 2007, ont levé en urgence 14,2 milliards d’euros. Appeler à l’aide Singapour, le Koweit ou la Corée du Sud aurait encore suscité une large levée de boucliers il y a quelques mois. Aujourd’hui, les établissements financiers occidentaux, laminés par la crise des subprimes, ont révisé leur jugement et parent au plus pressé. Et à raison, estime Bertrand Jacquillat, professeur d’économie à Sciences Po. « Il ne faut pas avoir peur des fonds souverains. Ce sont des investisseurs comme les autres qui cherchent les plus hauts rendements. » Une vision que partagent de plus en plus de dirigeants politiques. Ces fonds, qui pèsent aujourd’hui 1,35 milliard d’euros, dépasseront les 10 milliards en 2015, d’après une estimation de Morgan Stanley. Aussi, après avoir affirmé à Paris que les « fonds souverains n’obéissaient à aucune logique économique », Nicolas Sarkozy a corrigé le tir dans le Golfe. Il a déclaré la France ouverte aux fonds « qui ne cherchent pas à piller les technologies, qui ne cherchent pas un contrôle stratégique sur des activités des entreprises. » Et pour cause. Si les fonds norvégiens, malaisiens ou singapouriens gardent un fonctionnement transparent, les chinois ou ceux qui agissent depuis la péninsule arabique sont jugés « opaques ». Sans parler des financiers russes, réputés proches des services secrets ! Au point qu’en juillet 2007, Simon Johnson, économiste en chef au Fonds monétaire international les avait qualifiés de « caisses noires » dangers pour le système financier mondial. Message bien reçu par les banques occidentales. « Elles restent prudentes et limitent les participations à 5 ou 10 % du capital. Au-delà, elles s’exposent à des réactions nationalistes des gouvernements, explique Bertrand Jacquillat. De toute façon, je pense que la plupart des fonds n’ont aucune arrière-pensée politique. » Et la France ? Des rumeurs d’investissement dans les Caisses d’Épargne par le Koweit ont couru, vite démenties. C’est en fait dans l’aéronautique qu’un fonds souverain a investi en 2007. Dubaï International Capital a pris 3,1 % du capital d’EADS. « Il est dans l’intérêt des entreprises américaines et européennes d’avoir des actionnaires issus des pays où elles veulent se développer, rassure Bertrand Jacquillat. Prenez Total qui n’a que 2 % d’investisseurs asiatiques dans son capital. Il ne serait pas idiot d’augmenter la part des pays émergents dans lesquels le pétrolier veut prospecter… »
Ophélie Colas des Francs
Jean-Paul Betbèze, Directeur des études économiques au Crédit Agricole
Les fonds souverains s’intéressent-ils aux entreprises françaises ?
Oui bien sûr, ils s’intéressent, de manière générale, aux très grandes entreprises. Ils veillent à leur contenu stratégique. Ils vont évidemment éviter l’armement ou l’information, pour lesquels ils sont à peu près sûrs d’une réponse négative, et se développer dans l’énergie ou le transport.
Doit-on s’en inquiéter ?
Nous devons être inquiets en France de n’avoir pas vu venir ce problème et d’avoir une Caisse des dépôts et consignations qui n’est pas assez préparée, et en tout cas pas assez riche, et des fonds de réserves des retraites qui disposent au maximum de 40 milliards alors que Lionel Jospin avait prévu de les doter de 300.
La Caisse des dépôts doit-elle devenir clairement un fonds souverain ?
Oui, mais pas seule. Il faut renforcer le fonds de soutien aux retraites par répartition.
En réalité, dans le cas français, il faut faire feu de tout bois, notamment mobiliser des systèmes Perco* pour drainer une épargne complémentaire au plus tôt, de la part des jeunes, et inciter les salariés à être davantage actionnaires de leur entreprise.
Ophélie Colas des Francs
Jean-Paul Betbèze, Directeur des études économiques au Crédit Agricole
Les fonds souverains s’intéressent-ils aux entreprises françaises ?
Oui bien sûr, ils s’intéressent, de manière générale, aux très grandes entreprises. Ils veillent à leur contenu stratégique. Ils vont évidemment éviter l’armement ou l’information, pour lesquels ils sont à peu près sûrs d’une réponse négative, et se développer dans l’énergie ou le transport.
Doit-on s’en inquiéter ?
Nous devons être inquiets en France de n’avoir pas vu venir ce problème et d’avoir une Caisse des dépôts et consignations qui n’est pas assez préparée, et en tout cas pas assez riche, et des fonds de réserves des retraites qui disposent au maximum de 40 milliards alors que Lionel Jospin avait prévu de les doter de 300.
La Caisse des dépôts doit-elle devenir clairement un fonds souverain ?
Oui, mais pas seule. Il faut renforcer le fonds de soutien aux retraites par répartition.
En réalité, dans le cas français, il faut faire feu de tout bois, notamment mobiliser des systèmes Perco* pour drainer une épargne complémentaire au plus tôt, de la part des jeunes, et inciter les salariés à être davantage actionnaires de leur entreprise.













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