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28 mars 2008

L’homme qui veut format er les canaux de l’avenir

Une constante: l’homme est un transformateur. Partout où il passe ou presque, il recalibre ou repositionne. Karma? Plus sûrement pression de l’écosystème qu’il a choisi. Car cet homme de 46 ans, X-École nationale supérieure des télécoms, s’est immergé dans un domaine – les télécoms – par nature en constante évolution. Michel Combes mue et remue sans cesse. Il s’installe volontiers dans le cockpit d’entreprises à fort tangage et à visibilité restreinte. Sans peur du changement de cap: pendant trois ans, de 1999 à 2001, il apprend la navigation touristique par gros temps aux côtés de Jacques Maillot, charismatique fondateur de Nouvelles Frontières. Ce capitaine courageux semble aimer ses ports d’attache: il y a 18 mois, il revient au sommet de la tour TDF quittée plus de dix ans auparavant, cette fois comme PDG en charge de cette singularité à la française qu’est TDF. Deux mots sur cet Epic* né de l’éclatement de l’ORTF**. En 1975, TéléDiffusion de France assure la… diffusion de la télé (le broadcast) via un réseau hertzien de 38.000 km de long. Quelques révolutions techniques et une loi audiovisuelle plus tard (FR3, TF1 couleur, émetteurs radio FM…), TDF, réduit à son sigle (ne m’appelez plus jamais France…), est une société anonyme dont France Télécom va bientôt céder une partie du capital au privé. Le largage des amarres du public est parachevé en 2005 quand TDF perd son monopole de diffuseur et gagne un vrai concurrent, Towercast (NRJ Group). En 2006, 42% de son capital sont aux mains d’un fonds américain. Michel Combes s’installe aux commandes d’une entreprise encore «monomarché et monoproduit», dit-il – le hertzien – jusqu’en 2011: passé cette date, son ticket n’est plus valable. Le jeune PDG peut, comme il dit, gérer ces quatre années à la façon de Kodak (qui n’a pas vu le numérique arriver). Ou anticiper ces quelque 40% de perte de marché. On imagine bien que ce spécialiste de «l’urgence numérique» (il a été auditionné dans ce domaine par la Commission de Jacques Attali) a décidé d’agir et de faire de TDF un «externaliseur» de la diffusion. Auprès de toutes les chaînes en mutation, des radios en redéploiement et des opérateurs du mobile champions de la convergence. Combes transforme TDF en «logisticien du contenu mis aux formats nouveaux». Européen: 50% du CA de TDF se joueront à l’étranger d’ici à 2010. Le PDG bâtit son actionnariat en ce sens: il convainc la Caisse des dépôts et consignations de réinvestir dans son capital et favorise l’entrée de «private equity»*** américain et français, sans laisser les banques endetter son groupe. Attentif à son réseau, il achète en Hongrie et en Allemagne des entités d’avenir. Avec lui, la page de l’arrogance du monopole est tournée: à la veille d’un déménagement restructurant, TDF se positionne comme «une entreprise de service avec empathie client». Avec un vrai futur numérique.

Olivier Magnan

* Établissement public à caractère industriel et commercial.
** Office de radiodiffusion télévision française, alors étatisé.
*** Private Equity: investisseurs dans des sociétés non cotées sur un marché, par opposition à public equity, achat de titres qui ont fait l’objet de procédures de cotation publique.


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