28 mars 2008
Microcrédit, maxi-effets ?
Pour une fois, les pays industrialisés s’inspirent du Sud! Le concept du microcrédit, né au Bangladesh dans les années soixante-dix, fonctionne depuis une vingtaine d’années dans les pays du Nord comme le moyen d’insertion économique d’une population exclue du système bancaire traditionnel. Ce sont les premières coopératives bancaires allemandes du xixe siècle qui ont inspiré Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix 2006. Il fonde en 1976 la première «banque des pauvres», la Grameen Bank. En octroyant aux plus démunis et surtout aux femmes (premières victimes de l’exclusion financière), des prêts d’une poignée de dollars, Muhammad Yunus leur offre de démarrer ou de poursuivre une activité économique et ainsi échapper aux usuriers locaux. Deux années plus tard, la somme est remboursée et les familles sortent peu à peu du cercle vicieux de la misère. L’ONG PlaNet Finance de Jacques Attali recense 150 millions de micro-entrepreneurs dans le monde, financés par les 10?000 institutions de microfinance* existantes. En décrétant 2005 l’année internationale du microcrédit, l’Onu a validé ce modèle économique comme un véritable outil de lutte contre la pauvreté. Depuis, la formule a fait son chemin. Elle est aujourd’hui copiée par tous les grands pays industriels. En France, l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) fondée par Maria Nowak en 1989, tout comme France Active et le réseau France Initiative constituent les trois principaux organismes de microcrédit professionnel**. Tous ont pour objectif de suppléer au système bancaire traditionnel, en aidant Rmistes et chômeurs à se réinsérer par la création de leur propre emploi. «Le principe du microcrédit est en réalité un ménage à trois: l’Adie emprunte auprès des banques mutualistes, coopératives et, depuis peu, auprès des banques commerciales, pour prêter au maximum 5.500€ à un taux de 7,43% à des petits porteurs de projets. Le risque encouru est couvert à 70% par l’État via la Caisse des dépôts et consignations. Si le projet échoue, 30% restent à la charge des banques… » décrypte le journaliste Sylvain Allemand, auteur de La microfinance n’est plus une utopie (chez Autrement). L’échec? Il survient dans 6 % des cas, malgré la sélection des projets et l’accompagnement de l’Adie. Plus de 50?000 demandes ont afflué aux guichets de l’association en 2007. Seuls 10.000 ont été satisfaites. En France, 211.000 micro-entrepreneurs potentiels seraient candidats au prêt. Énorme: depuis sa création, l’Adie a permis la création de 45.646 entreprises qui ont généré la bagatelle de 54.775 emplois. Parce que Jacques Chirac a reconnu le microcrédit comme une «voie prometteuse de lutte contre la pauvreté et l’exclusion», la loi Borloo dite de Cohésion sociale a créé, en 2005, un fonds doté de 73 millions d’euro sur cinq ans. Objectif: faciliter l’accès au crédit bancaire de personnes en difficulté voulant créer leur entreprise ou bénéficier d’un microcrédit social***. «Attention, prévient Sylvain Allemand, le microcrédit n’est pas la solution pouvant à lui seul éradiquer toute la pauvreté au Sud et les chômeurs ou RMistes au Nord. Il ne doit en aucun cas se substituer à des politiques publiques. Ce n’est qu’une solution parmi d’autres.»
Quand les banques prêtent aux pauvres
Les exemples de banques qui ont érigé le microcrédit en niche financière se multiplient dans le monde entier. Au Kenya, l’Equity Bank gère à elle seule 21% des comptes ouverts dans le pays et dégage un bénéfice équivalent à 8 % des fonds qu’elle a en dépôt. Idem en Amérique Latine où la Banco Solidario présente un bilan comparable à celui des grandes banques internationales: son rendement avoisine les 20% alors que la première banque mondiale, l’américaine City Bank, plafonne à 12,8%! (source Novethic). Si les success story du microcrédit bancaire foisonnent à l’étranger, les banques françaises, frileuses, soutiennent le microcrédit par l’intermédiaire d’associations comme l’Adie, mais hésitent encore à prêter directement à une population jugée peu solvable. «Certes, les sommes sont octroyées à des taux souvent plus élevés que ceux du marché. Mais le taux de non-remboursement des prêts est évalué à 6 % [et 30 % de l’emprunt ne sont pas couverts par l’État, ndlr]. Le risque est énorme pour les banques! Le potentiel de marché est formidable, mais il manque encore en France un tissu associatif plus dense qui crée le lien entre la banque et l’emprunteur» analyse Olivier Pastré, coauteur de La Guerre mondiale des banques, avec le Cercle des économistes.
Portrait: Aziz Senni
31 ans, fondateur d’Ata France, premier taxi collectif d’Île-de-France. Grâce à l’Adie
À quelles difficultés avez-vous été confronté en voulant créer Ata France il y a 10 ans?
Le premier problème est de faire face à tous les stéréotypes que nous renvoie la société: lorsque l’on a 23 ans, que l’on est issu de l’immigration et que l’on a grandi dans la Cité du Val Fourré de Mantes-la-Jolie, on s’imagine difficilement à la tête d’une société. Le plus dur est déjà d’affronter ces stéréotypes. Puis le jeune entrepreneur est confronté à un autre obstacle: trouver un financement. Toutes les banques m’ont claqué la porte au nez! On se sent souvent bien seul avec son idée. C’est à ce moment qu’on aurait besoin d’une oreille, d’un guide ou d’un conseil. Mais on ne peut compter que sur soi…
Comment l’Adie a-t-elle fonctionné pour vous?
D’abord une écoute, un accueil chaleureux et un réel conseil. Puis l’Adie m’a apporté une aide concrète: du matériel informatique, une avance de trésorerie pour mon premier véhicule, une bourse de 6.500€ et surtout un véritable accompagnement pendant deux ans. Aujourd’hui Ata France, c’est 12 franchises, 130 salariés et un chiffre d’affaires consolidé de 6 millions d’euro.
Et maintenant?
J’ai eu envie de faire profiter les jeunes des quartiers de ma propre réussite. J’ai alors contacté tous les plus gros patrons français pour qu’ils soutiennent un fonds d’investissement baptisé BAC, Business Angel des Cités, pour financer et accompagner des projets. Résultat: 80 patrons ont versé en moyenne 50.000€ de leur poche. Je m’attelle aussi à la rédaction d’un livre intitulé Capitalisme et banlieue, à paraître à la rentrée…
* Un concept plus large que le microcrédit avec crédit, assurance et épargne.
** Objectif, la création d’entreprises.
*** Objectif , améliorer les conditions de vie et de travail de l’emprunteur.
Patricia de Sagazan
Quand les banques prêtent aux pauvres
Les exemples de banques qui ont érigé le microcrédit en niche financière se multiplient dans le monde entier. Au Kenya, l’Equity Bank gère à elle seule 21% des comptes ouverts dans le pays et dégage un bénéfice équivalent à 8 % des fonds qu’elle a en dépôt. Idem en Amérique Latine où la Banco Solidario présente un bilan comparable à celui des grandes banques internationales: son rendement avoisine les 20% alors que la première banque mondiale, l’américaine City Bank, plafonne à 12,8%! (source Novethic). Si les success story du microcrédit bancaire foisonnent à l’étranger, les banques françaises, frileuses, soutiennent le microcrédit par l’intermédiaire d’associations comme l’Adie, mais hésitent encore à prêter directement à une population jugée peu solvable. «Certes, les sommes sont octroyées à des taux souvent plus élevés que ceux du marché. Mais le taux de non-remboursement des prêts est évalué à 6 % [et 30 % de l’emprunt ne sont pas couverts par l’État, ndlr]. Le risque est énorme pour les banques! Le potentiel de marché est formidable, mais il manque encore en France un tissu associatif plus dense qui crée le lien entre la banque et l’emprunteur» analyse Olivier Pastré, coauteur de La Guerre mondiale des banques, avec le Cercle des économistes.
Portrait: Aziz Senni
31 ans, fondateur d’Ata France, premier taxi collectif d’Île-de-France. Grâce à l’Adie
À quelles difficultés avez-vous été confronté en voulant créer Ata France il y a 10 ans?
Le premier problème est de faire face à tous les stéréotypes que nous renvoie la société: lorsque l’on a 23 ans, que l’on est issu de l’immigration et que l’on a grandi dans la Cité du Val Fourré de Mantes-la-Jolie, on s’imagine difficilement à la tête d’une société. Le plus dur est déjà d’affronter ces stéréotypes. Puis le jeune entrepreneur est confronté à un autre obstacle: trouver un financement. Toutes les banques m’ont claqué la porte au nez! On se sent souvent bien seul avec son idée. C’est à ce moment qu’on aurait besoin d’une oreille, d’un guide ou d’un conseil. Mais on ne peut compter que sur soi…
Comment l’Adie a-t-elle fonctionné pour vous?
D’abord une écoute, un accueil chaleureux et un réel conseil. Puis l’Adie m’a apporté une aide concrète: du matériel informatique, une avance de trésorerie pour mon premier véhicule, une bourse de 6.500€ et surtout un véritable accompagnement pendant deux ans. Aujourd’hui Ata France, c’est 12 franchises, 130 salariés et un chiffre d’affaires consolidé de 6 millions d’euro.
Et maintenant?
J’ai eu envie de faire profiter les jeunes des quartiers de ma propre réussite. J’ai alors contacté tous les plus gros patrons français pour qu’ils soutiennent un fonds d’investissement baptisé BAC, Business Angel des Cités, pour financer et accompagner des projets. Résultat: 80 patrons ont versé en moyenne 50.000€ de leur poche. Je m’attelle aussi à la rédaction d’un livre intitulé Capitalisme et banlieue, à paraître à la rentrée…
* Un concept plus large que le microcrédit avec crédit, assurance et épargne.
** Objectif, la création d’entreprises.
*** Objectif , améliorer les conditions de vie et de travail de l’emprunteur.
Patricia de Sagazan














Qu'en pensez-vous ?
Donnez votre avis