04 avril 2008
Inéluctable plan de rigueur?
Oui: Christian Saint-Étienne, professeur d’économie à Paris-Dauphine
Un plan de rigueur est-il nécessaire?
Absolument. Il faut impérativement ralentir le rythme de croissance des dépenses publiques pour le ramener sous le rythme de la création de richesse. Les déficits doivent être réduits de 10 milliards sur 50 milliards d’euros d’ici au printemps prochain. Si on ne veut pas passer par une baisse des dépenses, alors il faut augmenter les prélèvements obligatoires. En élevant d’un point la CSG, on résorbera une partie du trou de la Sécurité sociale.
Ne risque-t-on pas de freiner une croissance déjà molle?
C’était vrai avant la globalisation. Aujourd’hui la croissance mondiale s’élève à 4% malgré un ralentissement de l’activité. La balance commerciale de la France montre que le pays est touché par une crise de l’offre et non pas de la demande. Il faut donc rassurer les investisseurs internationaux et français sur la capacité de l’État à résorber les déficits. Regardez l’Allemagne dont la croissance dépasse celle de la France alors que la consommation y est atone. La France a besoin d’une révolution managériale de la sphère publique pour limiter les dépenses des collectivités locales et redresser les comptes de la sécu.
Les États-Unis ont opté, au contraire, pour une politique de relance…
Oui, mais les États-Unis sont confrontés à une crise du système financier, ce qui n’est pas du tout le cas de la France. Les dépenses publiques ne représentent là-bas que 35% du PIB contre 53% ici. Ils peuvent donc injecter ponctuellement des liquidités.
Non: Jacques Le Cacheux, directeur du département d’études de l’OFCE
Les « économies » prônées par le gouvernement Fillon sont-elles opportunes?
Dans l’absolu, un déficit de 2,5% en 2007 et probablement 2,7% en 2008 n’a rien de choquant pour une économie qui ralentit. Ce n’est pas opportun de réduire les dépenses publiques au moment où les dépenses privées se contractent. Cette politique dite «procyclique» accentue le ralentissement. D’autant plus que la France n’est pas en infraction avec le pacte de stabilité qui contraint les pays européens à ne pas dépasser les 3%. Il n’existe donc pas de véritable obligation de mettre en place un plan de rigueur.
Pourquoi alors opter pour cette politique?
La France fait du zèle car elle s’est engagée à revenir à l’équilibre en 2012. Et comme elle va prendre la présidence de l’Europe en juillet prochain, elle veut faire figure de bon élève. Le seul argument recevable du point de vue économique, c’est le problème de la dette. Mais rappelons que c’est une des moins élevées d’Europe, loin derrière l’Allemagne et l’Italie.
Pourquoi l’Europe ne réforme-t-elle pas le Pacte de stabilité?
Qualifié de «stupide» par Romano Prodi, ancien président de la Commission! Il a été légèrement modifié en 2005 mais pas suffisamment. L’activité a repris en 2006 et 2007, on a donc oublié de le réformer en profondeur. Quand la croissance est rapide, le Pacte ne pose pas de problème, mais quand elle ralentit, il contribue à la freiner plus encore!
Propos recueillis par Ophélie Colas des Francs
Un plan de rigueur est-il nécessaire?
Absolument. Il faut impérativement ralentir le rythme de croissance des dépenses publiques pour le ramener sous le rythme de la création de richesse. Les déficits doivent être réduits de 10 milliards sur 50 milliards d’euros d’ici au printemps prochain. Si on ne veut pas passer par une baisse des dépenses, alors il faut augmenter les prélèvements obligatoires. En élevant d’un point la CSG, on résorbera une partie du trou de la Sécurité sociale.
Ne risque-t-on pas de freiner une croissance déjà molle?
C’était vrai avant la globalisation. Aujourd’hui la croissance mondiale s’élève à 4% malgré un ralentissement de l’activité. La balance commerciale de la France montre que le pays est touché par une crise de l’offre et non pas de la demande. Il faut donc rassurer les investisseurs internationaux et français sur la capacité de l’État à résorber les déficits. Regardez l’Allemagne dont la croissance dépasse celle de la France alors que la consommation y est atone. La France a besoin d’une révolution managériale de la sphère publique pour limiter les dépenses des collectivités locales et redresser les comptes de la sécu.
Les États-Unis ont opté, au contraire, pour une politique de relance…
Oui, mais les États-Unis sont confrontés à une crise du système financier, ce qui n’est pas du tout le cas de la France. Les dépenses publiques ne représentent là-bas que 35% du PIB contre 53% ici. Ils peuvent donc injecter ponctuellement des liquidités.
Non: Jacques Le Cacheux, directeur du département d’études de l’OFCE
Les « économies » prônées par le gouvernement Fillon sont-elles opportunes?
Dans l’absolu, un déficit de 2,5% en 2007 et probablement 2,7% en 2008 n’a rien de choquant pour une économie qui ralentit. Ce n’est pas opportun de réduire les dépenses publiques au moment où les dépenses privées se contractent. Cette politique dite «procyclique» accentue le ralentissement. D’autant plus que la France n’est pas en infraction avec le pacte de stabilité qui contraint les pays européens à ne pas dépasser les 3%. Il n’existe donc pas de véritable obligation de mettre en place un plan de rigueur.
Pourquoi alors opter pour cette politique?
La France fait du zèle car elle s’est engagée à revenir à l’équilibre en 2012. Et comme elle va prendre la présidence de l’Europe en juillet prochain, elle veut faire figure de bon élève. Le seul argument recevable du point de vue économique, c’est le problème de la dette. Mais rappelons que c’est une des moins élevées d’Europe, loin derrière l’Allemagne et l’Italie.
Pourquoi l’Europe ne réforme-t-elle pas le Pacte de stabilité?
Qualifié de «stupide» par Romano Prodi, ancien président de la Commission! Il a été légèrement modifié en 2005 mais pas suffisamment. L’activité a repris en 2006 et 2007, on a donc oublié de le réformer en profondeur. Quand la croissance est rapide, le Pacte ne pose pas de problème, mais quand elle ralentit, il contribue à la freiner plus encore!
Propos recueillis par Ophélie Colas des Francs













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