11 avril 2008
L’Italie, une économie au ralenti
La pieuvre. Imaginez un pays économiquement coupé en deux. Le plein-emploi au nord, qui affiche un taux de chômage de 3,6% quand le sud bat de tristes records, à plus de 20% (la moyenne nationale s’établit à 6% au 4e trimestre 2007). Comment un tel déséquilibre peut-il persister, malgré tous les programmes d’aide aux régions méridionales mis en œuvre depuis des années? La réponse tient en un mot: mafia. Dans le Mezzogiorno, le sud de la Botte, le pizzo, l’impôt mafieux, ponctionne entrepreneurs et commerçants. L’économie souterraine est l’une des plaies de l’Italie. Le Censis (institut privé de statistiques), qui qualifie l’économie souterraine de «moteur invisible du développement», estime que le travail au noir concernerait un tiers des travailleurs immigrés en Italie*.
Les vieux. Le vieillissement de la population, deuxième fatalité. Il est dû à un taux de fécondité parmi les plus bas en Europe (1,3 enfant par femme). Quand la démographie s’en mêle, les dépenses pour la santé et les retraites s’emballent, mais le système est déficitaire et la pression sur les comptes publics forte. Or, les caisses de l’État sont vides, donc les allocations chômage faibles et les allocations familiales quasi inexistantes. Un cercle vicieux qui n’encourage pas les naissances…
La précarité. Côté emploi, ce n’est pas très glorieux. Le chômage a régressé grâce à la flexibilisation du marché du travail introduite par les lois Treu du centre gauche (1997) et Biagi du centre droit (2003). Mais il en résulte une précarisation de l’emploi: CDD, intérim, contrats atypiques, temps partiel subi… On estime à 3,5 millions les travailleurs précaires dans la Péninsule, sans filet de protection sociale.
* Source: L’Italie en mutation, de Hervé Rayner (La documentation française, 2007)
L'expert: Paola Monperrus-Veroni,
économiste senior à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
Quel état des lieux de l’économie italienne dressez-vous?
En 2007, l’Italie a enregistré une croissance de 1,5%, parmi les plus faibles de la zone euro: un ralentissement économique marqué. La production industrielle avait repris en 2006, mais s’est vite essoufflée en 2007. La consommation des ménages et l’investissement en logements, moteurs de la croissance, ont connu une progression, tandis que l’investissement en biens d’équipement a fortement ralenti. L’Italie peinait à maîtriser la hausse des prix depuis la création de l’euro, mais au premier trimestre 2008 l’inflation s’établit à 3,1%, en dessous de la moyenne de la zone euro.
De quelles avancées sur le plan économique le gouvernement Prodi sortant se prévaut?
Le gouvernement de centre gauche sortant a ramené le déficit public de 4,2% après Berlusconi à 1,9% en 2008. Prodi a initié des réformes pour déréglementer les marchés des biens et des services dans les transports, la téléphonie mobile, qui engrangeaient de grosses marges. Comme Berlusconi avant lui, Prodi s’est attaqué à la faible compétitivité de l’industrie italienne qui a d’ailleurs précipité la chute du gouvernement: trop petites, les entreprises italiennes manquent de moyens pour investir dans la R & D.
Quels grands chantiers économiques attendent le futur président du conseil?
Il faudra redonner du pouvoir d’achat aux ménages en poursuivant la déréglementation de certains marchés de biens et de services. Redessiner le système de prestations sociales côté famille et chômage. Poursuivre la réforme du système des retraites initiée en 1995 et le rendre plus transparent.
Laurène Champalle
Les vieux. Le vieillissement de la population, deuxième fatalité. Il est dû à un taux de fécondité parmi les plus bas en Europe (1,3 enfant par femme). Quand la démographie s’en mêle, les dépenses pour la santé et les retraites s’emballent, mais le système est déficitaire et la pression sur les comptes publics forte. Or, les caisses de l’État sont vides, donc les allocations chômage faibles et les allocations familiales quasi inexistantes. Un cercle vicieux qui n’encourage pas les naissances…
La précarité. Côté emploi, ce n’est pas très glorieux. Le chômage a régressé grâce à la flexibilisation du marché du travail introduite par les lois Treu du centre gauche (1997) et Biagi du centre droit (2003). Mais il en résulte une précarisation de l’emploi: CDD, intérim, contrats atypiques, temps partiel subi… On estime à 3,5 millions les travailleurs précaires dans la Péninsule, sans filet de protection sociale.
* Source: L’Italie en mutation, de Hervé Rayner (La documentation française, 2007)
L'expert: Paola Monperrus-Veroni,
économiste senior à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
Quel état des lieux de l’économie italienne dressez-vous?
En 2007, l’Italie a enregistré une croissance de 1,5%, parmi les plus faibles de la zone euro: un ralentissement économique marqué. La production industrielle avait repris en 2006, mais s’est vite essoufflée en 2007. La consommation des ménages et l’investissement en logements, moteurs de la croissance, ont connu une progression, tandis que l’investissement en biens d’équipement a fortement ralenti. L’Italie peinait à maîtriser la hausse des prix depuis la création de l’euro, mais au premier trimestre 2008 l’inflation s’établit à 3,1%, en dessous de la moyenne de la zone euro.
De quelles avancées sur le plan économique le gouvernement Prodi sortant se prévaut?
Le gouvernement de centre gauche sortant a ramené le déficit public de 4,2% après Berlusconi à 1,9% en 2008. Prodi a initié des réformes pour déréglementer les marchés des biens et des services dans les transports, la téléphonie mobile, qui engrangeaient de grosses marges. Comme Berlusconi avant lui, Prodi s’est attaqué à la faible compétitivité de l’industrie italienne qui a d’ailleurs précipité la chute du gouvernement: trop petites, les entreprises italiennes manquent de moyens pour investir dans la R & D.
Quels grands chantiers économiques attendent le futur président du conseil?
Il faudra redonner du pouvoir d’achat aux ménages en poursuivant la déréglementation de certains marchés de biens et de services. Redessiner le système de prestations sociales côté famille et chômage. Poursuivre la réforme du système des retraites initiée en 1995 et le rendre plus transparent.
Laurène Champalle













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