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15 avril 2008

Italie : le retour du « Cavaliere »

Battu aux dernières élections d’avril 2006 par Romano Prodi, Silvio Berlusconi, le chef de file incontesté de la droite italienne, a pris sa revanche avec une large avance sur Walter Veltroni, leader du centre-gauche: sa coalition avec la Ligue du Nord (extrême-droite) remporte 46,8% des voix à la Chambre des députés contre 37,5% et 47,32% des voix au Sénat contre 38,01%.

Bling bling, Silvio Berlusconi fait son come-back au pouvoir. Il aurait pu quitter la scène, couler de vieux jours heureux sans se faire de souci pour l’argent - c’est l’homme le plus riche d’Italie - ni pour ses affaires: au pouvoir de 2001 à 2006, il avait pris soin de se mettre à l’abri des poursuites judiciaires en se taillant des lois sur mesure. Mais à 71 ans, Silvio Berlusconi rempile pour un troisième mandat (il était resté au pouvoir 6 mois en 1994). Pas question pour lui de partir à la retraite. Ce n’est tout simplement pas son style.

Champion de la provoc grossière à la Poutine, adepte du divertissement de mauvais goût à la télévision, ridicule quand il chante des chansons à l’eau de rose, le père de la politique spectacle en Italie reste une personnalité hors norme et controversée. Dernier acte politiquement incorrect en date? Berlusconi a promis à ses ennemis jurés, les magistrats, des «tests mentaux». Le «Cavaliere» est coutumier du fait. Il avait déjà soulevé l’indignation internationale en traitant un député allemand du Parlement européen de «kapo»…

Deux fois Président du Conseil (six mois en 1994 puis de 2001 à 2006), Berlusconi n’a pas fait de miracle économique: au lieu des baisses d'impôt et d’un travail pour chacun promis, la conjoncture a été mauvaise, la croissance a stagné, les déficits ont gonflé et les réformes se sont enlisées… Pire, Berlusconi a envoyé les troupes italiennes en Irak, indifférent aux protestations de toute la population.

Alors pourquoi Berlusconi séduit-il encore les Italiens? A la tête d’un vaste empire (immobilier, grande distribution, assurances, médias, édition), Berlusconi incarne pour la majorité des Italiens l’entrepreneur pugnace qui a réussi en partant de rien. La légende veut que le jeune Silvio ait financé ses études de droit en vendant des aspirateurs à domicile… Les origines de sa fortune ensuite sont plus nébuleuses: ami de fac de Bettino Craxi (socialiste, qui deviendra Président du Conseil et sera inculpé lors de l’opération Mains Propres, en 1992, pour collusion avec la mafia), Berlusconi se lance après ses études dans la promotion immobilière, construit deux ensembles immobiliers en banlieue de Milan (Milano 2 et Milano 3), crée Telemilano en 1978, une chaîne de télévision câblée, fonde la société Fininvest, qui contrôle le groupe Mediaset, puis Canale 5, première chaîne privée nationale. Il grignote petit à petit le paysage audiovisuel italien et européen en rachetant Italia 1, Rete 4, La Cinq en France, Telefünf en Allemagne et Telecinco en Espagne. En tiffoso averti, il s'offre aussi un club de foot, le Milan AC.

Berlusconi fascine, malgré tout. Les Italiens voient en lui le chef d’entreprise à succès qui pourrait leur redonner du travail et du pouvoir d’achat. Lui prévoit des mesures impopulaires pour remettre d’aplomb le pays. Il a annoncé aux Italiens des mois difficiles et des sacrifices. Silvio Berlusconi serait-il devenu modeste avec l’âge?

LAURENE CHAMPALLE


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