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02 mai 2008

"Le PS doit devenir le parti des entrepreneurs" (Valls)

Manuel Valls, député-maire d’Évry (PS)

Pour tenter de faire bouger le Parti Socialiste sur le front de l’économie, le « tribun » Manuel Valls a décidé de frapper fort. Un livre provocateur, des formules chocs, l’affirmation d’une ambition personnelle –la présidence de la République, rien de moins–, la figure montante de la gauche ne se refuse rien.


Dans votre livre, Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche*, vous appelez à une révolution des relations entre la gauche et l’entreprise. Provoc ou réalisme ?
Une gauche moderne doit regarder lucidement la globalisation des marchés, des services, de la communication qui touche, à la fois, les hommes et les entreprises. Ça ne veut pas dire qu’on ne doive pas défendre ceux qui sont agressés par cette globalisation. Au fond, si l’on veut la justice sociale, l’égalité réelle des chances pour tous, des services publics efficaces, il faut produire de la richesse pour mieux la redistribuer. Et qui crée la richesse ? Ce sont les entreprises !

Vous aimez les patrons, contrairement à certains leaders de gauche ?
Il y a une minorité de patrons voyous et d’exploiteurs de la misère mais la plupart des chefs d’entreprise sont remarquables. Ils se battent, sont proches de leurs salariés, font du bien à leur ville et au pays. Le PS doit donc être le parti des salariés mais aussi celui des entrepreneurs. Nous devons aussi nous adresser aux artisans, aux petits commerçants qui travaillent dur, créent des emplois et participent à l’équilibre de notre société.

C’est votre expérience d’élu local qui vous donne ce regard pragmatique sur le monde de l’entreprise ?
J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas d’alternative à l’économie de marché mais qu’on pouvait et devait l’améliorer en l’organisant, en la régulant. Effectivement, qu’Évry accueille deux grands pôles de compétitivité au plan mondial comme Medicen et System@tic Paris Région, que je travaille au quotidien avec les entreprises de mon territoire, conforte mon analyse.

Jusqu’où êtes-vous favorable aux privatisations ?
Il faut sanctuariser l’école, la culture, la santé, bien sûr, mais aussi la défense et d’une manière générale ce qui touche à l’indépendance de notre pays. Mais la concurrence et la rentabilité ne sont pas des gros mots. Tous les élus socialistes, et même les communistes pratiquent dans leur commune la délégation de service public à grande échelle. Tout dépend, en fait, de la manière dont on fait les choses. Prenons l’exemple de La Poste. On a sacrifié la mission de service public et les salariés au profit de la concurrence et des placements financiers. Voilà, typiquement, ce qu’il ne faut pas faire.

Il faudrait mieux contrôler les rémunérations des grands patrons ?
Oui, c’est indispensable. Aux États-Unis, on y parvient mieux qu’en France. Il faut mettre de l’éthique et des règles dans un capitalisme financier qui est devenu fou.

Dialogue avec YVES DERAI
* Entretiens avec Claude Askolovitch, Robert Laffont.

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