
Comment échapper à son destin quand, à 27 ans, votre père vous offre de pérenniser l’une des entreprises qu’il a créées?
Jean-François Roubaud ne se dérobe pas. Mais ce patron chrétien apparemment toujours aimable (les rides d’expression au coin des yeux «trahissent» plus que tout CV la nature de « l’homme qui sourit ») ne conçoit pas son métier de dirigeant sans engagement syndical. Patronal. Est-il « de droite »? Oui, forcément, puisque la gauche
« n’a pas mis l’entreprise en avant ». Est-il « sarkozyste »? Grand geste de mesure de l’entrepreneur qui tient à son libre arbitre en se réclamant d’un
« libéralisme tempéré ». D’accord pour
« libérer la création », celui qui a managé cinq entreprises en plus de ses mandats n’a pas apprécié la gestion des contrats nouvelle embauche. Pour autant, le « lobbyiste » se méfie des partis. Aucune appartenance. Au moment où il nous ouvre son bureau, le 3 mars, la tempête fait rage entre
Medef et
UIMM, sur fond de caisse noire et de remise en cause des mandats de certains délégués de l’Union des industries. Jean-François Roubaud attend. Les coups de téléphone vont pleuvoir peu après. Le « patron des petits patrons » sait qu’un
Frédéric Saint-Geours (le nouveau président de l’UIMM) ou une
Laurence Parisot (Madame Medef) feront volontiers appel à son arbitrage de sage. Alors même que la
CGPME ne dépend en rien des subsides du Medef – et Roubaud, depuis sa première élection à la tête de la Confédération, a fait en sorte qu’aucun adhérent ne « bloque » financièrement sa maison –, chacun des représentants des grands groupes français ne peut ignorer le poids considérable des PME. À travers 220 branches professionnelles, ce sont quelque 750000 petites et moyennes entreprises qui parlent par la voix de leurs pairs. Jean-François Roubaud a face à lui plus de 130 antennes réparties sur le territoire et outre-mer… L’homme est conscient de son poids.
« Nous devrions être cités sur le devant de la scène ». C’est le « politique » qui parle. Pour l’opérationnel, un directeur général anime la CGPME, en soi
« syndicat de taille moyenne », avec son directeur financier (depuis 2000 la Confédération a ses comptes certifiés – elle gère quelque 6 millions d’euros de budget) pour une quarantaine de salariés. De quoi laisser le président sillonner la France – en région tous les 15 jours au minimum – et les territoires, de La Martinique à la Polynésie, en passant par Guadeloupe et Réunion. Sans oublier son lobbysme à international. Sur ce plan, l’analyse Roubaud est imparable: nous avons, dit-il, des PME trop petites pour que le dirigeant se déplace hors hexagone. Nos banques ne sont pas des partenaires, comme en Allemagne. Les seuils fiscaux – par exemple du 49e au 51e salarié – constituent de vrais freins au développement (ils sont en train de sauter!). Enfin les Français ne sont culturellement pas cosmopolites et se heurtent à la barrière linguistique. Ce « quatre fois grand-père » préserve ses week-ends. Et son dos (il a consenti à arrêter le tennis). Ce qui ne l’empêche nullement de hisser la voile ou de balancer des swings. En bonne compagnie: sa femme, Anne-Marie, passionnée par son métier de kiné, et l’un de ses fils, ostéopathe, doivent bien veiller aux exploits sportifs de leur mari et père…
Olivier Magnan
Le fils de sa journée :
6:30 Il n’est jamais trop tôt pour cet « ancien du bâtiment ». Les petites heures chez lui puis à son bureau sont consacrées à l’information et aux premiers contacts téléphoniques.
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