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11 juillet 2008

L’été de tous les dangers

L’été de tous les dangers Où sont les bonnes nouvelles ? le monde s'enrhume en été et la rentrée n'annonce pas la baisse de la fièvre.





• Les subprimes, un an après

Chroniques de la faillite ordinaire: les deux derniers bastions de soutien du marché immobilier résidentiel aux États-Unis, Fannie Mae et Freddie Mac , pourraient être mis sous tutelle nationale par le gouvernement américain, rapporte le New York Times, vendredi 11 juillet. Les cours de Bourse des deux entreprises ont plongé pour atteindre leur plus bas niveau depuis 1991. Chez Citygroup et Goldman Sachs, les salariés attendent patiemment leur lettre de licenciement. La banque américaine Citygroup serait en passe de réduire de 10% sa masse salariale, selon leWall Street Journal.Même sanction chez Goldman Sachs: 10% des effectifs dans sa division de banque d’affaires seraient sur la sellette selon le Financial Times.
La banque suisse UBS victime de nouvelles rumeurs de pertes: l’une des banques les plus touchées par la crise des subprimes essuierait de nouvelles pertes évaluées à 2,5 milliards d’euros sur le trimestre, selon le Sonntag.
Un an après la crise des prêts hypothécaires à risques, les banques résistent mais sont toujours dans la tourmente et s’efforcent de se remettre de leurs mauvais investissements dans les subprimes et dans les prêts à taux variables qui ont amputé leur portefeuille de plusieurs milliards de dollars.
Seules les interventions de la Fed ont permis d’éviter les faillites massives d’établissements financiers. Les baisses successives des taux de 5,25% à 4,25% en septembre pour atteindre 2% aujourd’hui ont permis, dans une moindre mesure, d’apaiser la crise de confiance qui plombe le système financier américain. Mais les injections de liquidités ou les baisses successives des taux réalisées par Ben Bernanke, gouverneur de la Fed, n’empêcheront pas la crise de s’étendre au monde entier et d’atteindre aujourd’hui la sphère réelle (par opposition aux fluctuations du marché boursier). Aux États-Unis, les crédits octroyés sont désormais fermement encadrés. Pour un pays dont le taux d’endettement s’élève à 65% par ménage, c’est un important pilier de la consommation américaine qui s’effondre (la consommation des ménages représente 70% du PIB américain). Il s’agirait donc d’un premier pas dans une spirale récessionniste où la baisse de la consommation entraînerait des pertes d’emplois à leur tour néfastes à la consommation. Scénario toujours plus noir: les défauts de paiement des ménages continueraient à se multiplier et le système financier mondial serait alors gangrené et confronté à un choc qui n’aurait pour seul précédent que la crise de 1929. Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand, s'était fait renvoyer dans ses cordes lorsqu'il avait osé estimer plausible ce scénario!
Pour le moment, l’Europe et la France ont plutôt pas mal tenu, même si elles subissent les ondes de choc macroéconomiques (HSBC: -5% en bourse, Crédit Agricole:-16% de bénéfice, Barclays:-3% de bénéfice, Société Générale: -82% de bénéfice…). La sphère réelle n’est pas encore atteinte contrairement aux États-Unis où l’ensemble de l’économie est grippé. Pendant deux ans, l’Occident risque d’être victime d’une croissance très molle, ce qui bénéficierait aux pays émergents. Si leur poids s’accroît suffisamment dans l’économie mondiale, le point névralgique de l’économie tout entière basculera vers ces pays… PB

• Chute du Cac 40 : trois ans de gains annulés

Pire qu’une dégringolade, un crash: le Cac 40 a accusé une baisse de 21% entre le 1er janvier et le 30 juin 2008. Au cours de ses vingt ans d’existence, l’indice bousier parisien n'avait jamais connu premier semestre aussi mauvais. Au ras des pâquerettes, le Cac 40 a plongé le 11 juillet sous la barre des 4.200 points, ce qui n’était pas arrivé depuis juin 2005. Propagation de la crise financière dans le monde après la crise américaine des subprimes, inflation liée à la flambée du pétrole et des produits agricoles… Ces facteurs combinés ont donné un net coup de frein à l’économie mondiale.
Si le Cac 40 a perdu tous les gains accumulés depuis la fin 2005, certains secteurs sont plus particulièrement touchés: la banque a perdu 44% en moyenne, le secteur des voyages et des loisirs 40%, les médias, les matériaux de construction, la distribution, l'automobile ou l'assurance plus de 35%. D’autres secteurs ont pu limiter les dégâts: la chimie a perdu 1,5%, le secteur pétrolier et gazier 8% et celui des services collectifs 10%. Seul le secteur des matières premières a tiré son épingle du jeu, avec une hausse de plus de 7% en moyenne.
Entre le 30 juin 2007 et le 30 juin 2008, les cotations de quatre entreprises seulement du Cac 40 ont progressé. ArcelorMittal a progressé de près de 35% sur un an, Alstom de 18%, suivis de Gaz de France et Suez (qui ont fusionné) et de Vallourec. Côté crash, c’est Alcatel-Lucent qui a enregistré la plus forte baisse: près de 63%, devant les banques Dexia et Société générale (-57%), les géants de l’auto Renault et Michelin (-50%).
Le Cac 40 n’est pas la seule place financière dans la tourmente. L’année 2008 s’annonce noire pour les Bourses du monde entier. Si les valeurs américaines s’en tirent pour l’instant avec le moins de dommage, c’est carrément catastrophique en Espagne, en Italie et en Irlande. LC

• Carrefour pédale dans la choucroute


En cette veille de 14 juillet, les dirigeants de Carrefour ne sont pas à la fête. L’action du groupe de grande distribution a dévissé de 8,56% à 31,50 € hier à la Bourse de Paris. Une dégringolade provoquée par l’accumulation d’indicateurs dans le rouge. D’abord, le 25 juin, la publication des retombées attendues de la transformation des magasins Champion en Carrefour Market et Carrefour ont déçu les marchés financiers. L’annonce de la révision à la baisse des objectifs de résultats pour cette année n’a pas rassuré les investisseurs. Cerise sur le gâteau, les résultats trimestriels ont été jugés très décevants: hors carburants, le chiffre d'affaires du groupe a chuté de 5,5%, plombé par la chute du non alimentaire (-8,4%). Les hyper (23% des ventes du groupe) accumulent les baisses: fréquentation, panier moyen, volume de ventes des produits de marques et non alimentaires. Certains analystes imputent partiellement ces mauvais résultats à l’éloignement des hypers des centres-villes. Pour limiter leur budget carburant, les foyers qui habitent à plus de 30 minutes ne feraient plus le déplacement. Malgré l’érosion du pouvoir d’achat, les clients privilégient paradoxalement les magasins de proximité qui sont 10% à 17% plus cher. Ils fréquentent également davantage les enseignes de hard-discount implantées largement au cœur des villes. Du coup, la direction songe à mieux s’adapter aux marchés locaux, quitte à diminuer la surface des magasins. Une révolution pour Carrefour qui a axé depuis des années toute sa stratégie sur des hypers gigantesques. Le groupe de José Luis Duran va également chercher des relais de croissance à l’international et accélérer les ouvertures de magasins: onze à Taïwan, douze au Brésil, seize en Colombie et vingt en Chine. OCDF

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