30 août 2007
Le CAC 40 repart à l’assaut des 6 100 points
Le rebond des grandes valeurs de la Bourse de Paris initié la semaine passée se confirme. Certes, un peu de relativisation ne fait jamais de mal : la quasi-totalité des gains hebdomadaires ont été enregistrés jeudi et vendredi derniers, puisque depuis le début de semaine, c'est le surplace qui domine. L'analyse technique confirme d'ailleurs que les 6 110 points n'ont pas encore été tenus de manière marquée en fin de séance. Toutefois, de forts volumes confirment la profondeur de la tendance : la moyenne des échanges se situe à 8,1 milliards d'euros par séance, avec un pic de 11,5 milliards atteint vendredi 15 juin.
Il s'est passé quelque chose ce 18 juin. Ce n'est pas seulement l'anniversaire de l'appel du général de Gaulle sur Radio Londres, ni le premier jour de la fin de la fin de l'immunité du président sortant. Comme
nous vous l'annoncions voilà trois semaines, les actions AGF et Thomson ne font plus partie du CAC 40. Depuis lundi, elles sont remplacées par la foncière Unibail Holding (- 0,48 % sur la semaine à 196,60 €) et l'action de la compagnie aérienne Air France KLM, qui connaît des débuts difficiles : - 1,07 % à 35,13 €.
Mais ce ne sont pas deux titres qui peuvent contrer l'élan haussier qui anime le CAC. Et quelle hausse : au terme des cinq séances qui viennent de s'écouler, dix des quarante valeurs du « nouveau CAC » enregistrent une progression supérieure à 5 % !
La palme de la semaine revient aux valeurs automobiles : Renault prend 7,6 % à 117,44 €, Michelin 7,5 % à 102,80 € et Peugeot 4,8 % à 60,25 €. À première vue pourtant, les nouvelles ne sont pas si bonnes : les ventes mondiales de Renault ont reculé de 4,2 % en mai 2007 par rapport à mai 2006, alors que les nouvelles gammes ne sont attendues qu'à la fin de l'année. Et pour le quatrième mois consécutif, les immatriculations européennes sont en baisse, le mois de mai enregistrant un recul de 1,6 %. Mais ce chiffre se nuance : si en Europe de l'Ouest le recul est net (- 2,6 %), en Europe centrale et orientale, c'est la hausse qui domine toujours : + 11,1 %.
Justement, Renault est propriétaire du constructeur roumain Dacia, qui produit la fameuse « voiture à 5 000 € », la Logan, vendue depuis mai sur le sous-continent indien par une co-entreprise avec le groupe indien Mahindra & Mahindra.
Et il semblerait que Renault n'entende pas en rester là : le Figaro écrivait jeudi dernier que le groupe a l'intention d'embaucher 1 000 ingénieurs en Inde pour concevoir une voiture à moins de 3 000 $, qui ne serait vendue que sur les marchés émergents. Porte-parole de Renault, Axelle de Ladonchamps a bien déclaré que « nous [Renault] pensons à une voiture plus compétitive que la Logan », sans confirmer les embauches susmentionnées. Le groupe des frères Peugeot n'est pas oublié : selon une annonce toute fraîche, PSA est sur le point de construire une usine d'assemblage en Russie, dans la région de Pskov, frontalière avec l'Estonie et la Lettonie.
Le renouvellement des gammes est également un enjeu important pour les constructeurs français. Selon le magazine Challenges, Renault pense à relancer une nouvelle série de Safrane. De son côté, Peugeot-Citroën envisagerait de créer une troisième marque pour le « haut de gamme ». Le portefeuille de marques déposées de PSA compte « Simca », « Talbot », « Sunbeam », mais aussi - et dans le cas présent, surtout - « Chambord » et « Panhard ».
Parmi les autres valeurs en hausse, citons le numéro un mondial des gaz industriels et médicaux Air Liquide (+ 7,5 % à 95,48 €), qui se reprend de ses dernières baisses. Certains analystes mettent en avant que la division par deux du nominal - intervenue le 13 juin dernier - peut lui profiter, en le rendant psychologiquement plus attrayant. D'ailleurs, la semaine dernière, Citigroup a révisé son objectif de cours sur le titre à 90 €, quand l'objectif de cours n'était que de 163,64 € avant la division.
Parmi les autres titres en hausse, citons encore Alstom (+ 7,5 % à 122,47 €). Outre son aspect spéculatif en raison d'un éventuel renforcement de Bouygues, son premier actionnaire avec 25 % des parts, le groupe vient d'ajouter une ligne à son carnet de commande : une centrale à gaz qui sera construite dans l'Ouest algérien pour 310 millions d'euros.
L'action EDF trouve encore le moyen de s'octroyer presque 7 % sur cinq jours à 74,10 €, mais ce n'est pas la seule des valeurs de l'énergie à être en forme. L'action du pétrolier Total s'adjuge 5,9 % 59,27 €, profitant en partie d'une nouvelle hausse du baril (+ 2 $ sur la semaine). Au cours de la semaine écoulée, une rumeur a également couru : selon la Lettre de l'Expansion, Total aurait été sur le point de racheter la compagnie canadienne Western Oil Sands, dont le principal actif est une participation de 20 % dans l'Athabasca Oil Sands Project (AOSP), une co-entreprise avec Royal Dutch Shell (60 %) et l'américain Chevron (20 %). AOSP est constitué de sables bitumineux qui renferment d'importantes réserves qui, avec les cours actuels du pétrole, deviennent rentables. Western Oil Sands s'était déclaré « à vendre » en février.
Christianne Wile, porte-parole de Total Exploration & Production Canada, a bien confirmé que le groupe a évoqué « très ouvertement [ses] projets d'investissement de 10 à 15 milliards de dollars US dans les sables bitumineux ». Mais elle n'a pas dit quand, ni où.
Hors CAC 40 - mais peut-être pas pour longtemps, étant donné sa valeur d'entreprise et ses besoins de capitaux -, le géant nucléaire public français Areva (certificat d'investissement, + 12,08 % sur cinq jours à 821,25 €) a également fait parler de lui. En quelques jours, le groupe aligne d'impressionnantes annonces : plus d'un milliard d'euros pour un contrat d'enrichissement d'uranium avec le sud-coréen KHNP, un contrat de 100 millions avec EDF, une co-entreprise avec l'aluminier russe Rusal destinée à moderniser les fonderies de ce dernier... Et encore le Canada : vendredi, Areva a annoncé le lancement d'une OPA sur la minière d'uranium UraMin, une valeur canadienne. Montant : 2,5 milliards de dollars US, tout en numéraire.
Rappelons qu'Areva est présent sur toute la chaîne de valeur de l'uranium, depuis l'extraction jusqu'à l'enrichissement et le retraitement des déchets. Dans un communiqué, le fondateur d'UraMin, Stephen R. Dattels, indique que « la mise en production des gisements d'UraMin offre à Areva l'opportunité de renforcer sa position parmi les premiers producteurs mondiaux d'uranium ».
Afin de faire bonne mesure, terminons sur une valeur en berne. Le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis subit la plus forte chute hebdomadaire du CAC, et de loin : l'action perd... 8,3 % à 61,65 € ! Voilà qui détonne dans un concert de hausses. La semaine dernière, un groupe d'expert travaillant pour l'autorité sanitaire américaine, la FDA, a émis un avis unanimement négatif sur la demande de mise sur le marché de son produit Acomplia, dont le nom générique est Rimonabant. Double hic : non seulement les États-Unis sont le premier marché mondial pour les médicaments, mais l'Acomplia était destiné à lutter contre l'obésité.
Les experts américains se sont inquiétés de cas dépressifs graves chez les utilisateurs du médicament. C'est un coup dur pour l'Acomplia, accessible depuis un an sur le marché européen. L'avis de son panel d'expert est généralement suivi par la FDA, qui rendra sa décision en juillet. De plus, une enquête sanitaire a été lancée en Europe.
Pourtant mardi 19 juin, une cour américaine rejeté la demande d'invalidation du brevet de Sanofi sur son antithrombotique Plavix initiée par le laboratoire canadien Apotex, qui voulait en produire une version générique. Mais le sort s'acharne contre l'action Sanofi, qui pourrait bien souffrir en plus d'un afflux de papier. En effet, ses deux principaux actionnaires sont Total (13,2 % des parts) et L'Oréal (10,6 %). Total affirme « rester sur la position adoptée à l'assemblée générale », lors de laquelle son président Christophe de Margerie indiquait qu'il vendrait ses parts « à court terme ». L'Oréal se montre plus mesuré, indiquant qu'une « vente imminente n'était pas d'actualité », mais il précise aussi que sa participation dans Sanofi n'est « pas stratégique ».
Après avoir échappé à de nouvelles critiques américaines quant à sa monnaie la semaine passée, la Chine a décidé cette semaine d'une série de mesures fiscales destinées à freiner ses exportations. Pour mémoire, l'excédent commercial chinois était de 177,47 milliards de dollars en 2006, en hausse de 74 %. De janvier à mai 2007, l'excédent en question est encore en hausse de 83 % !
Après des mesures temporaires, la Chine a décidé la suppression à compter du 1er juillet des rabais sur les taxes à l'exportation touchant plus de 2 800 produits représentant 37 % des types de bien exportés. Montres, jouets, motos : un véritable inventaire à la Prévert.
« C'est la première fois qu'est adopté un ajustement de cette ampleur », se félicite Li Yushi, cadre d'une dépendance du ministère du Commerce. Stephen Green, économiste de la banque Standard Chartered, confirme : « Il ne s'agit pas de mesures cosmétiques. Le gouvernement a la volonté de faire baisser l'excédent ». Puis il tempère son jugement : « Dans un monde idéal, il ferait plus mais ces industries sont créatrices d'emplois. Nos calculs préliminaires montrent que cela concerne moins de 5% du commerce total ».
Passons un peu de l'autre côté de l'Atlantique. Après des intermédiaires comme New Century Financial, un hedge fund exposé aux mortgage backed securities (MBS, des actifs résultant de la titrisation des emprunts hypothécaires) à haut rendement avait été fermé le mois dernier avec des pertes de 124 millions de dollars : c'était Dillon Read Capital Management, filiale du suisse UBS.
Ce mois-ci, c'est la banque américaine Bear Stearns qui fait grise mine. Un des ses fonds au nom imprononçable - High-Grade Structured Credit Strategies Enhanced Leverage Fund - se trouve en grande difficulté. Selon L'Agefi française, environ 4 milliards de dollars de MBS venant de ce fonds ont été mis aux enchères la semaine dernière.
Certes, l'exposition de Bear Stearns est limitée à 40 millions de dollars, ce qui correspond aux parts de ce fonds que la banque détient en propre. Mais s'il n'a que dix mois d'existence, le fonds en question affiche déjà une perte de... 23 %. À l'heure actuelle, il n'a pas encore été clôturé, mais le départ d'investisseurs mécontents pourrait contraindre à cette extrémité.
Si vous suivez attentivement les tableaux de bord figurant au bas de nos chroniques, il ne vous aura pas échappé que les taux longs se sont nettement tendus depuis début mai. Ce qui pourrait être lourd de conséquences pour l'immobilier américain en particulier, et l'économie mondiale en général.
« Un environnement de taux plus élevés va renchérir le coût du crédit pour les entreprises et rendre certains accords de fusions acquisitions moins faciles », écrit Paul Nolte, du conseil en investissement Hinsdale Associates. Il ajoute : « cela pourrait aussi avoir un impact sur un marché immobilier encore mal en point ».
Vice-président de Pacific Investment Management Co (PIMCO), une société gérant près de 700 milliards de dollars d'obligations, Mark Kiesel se montre plus alarmiste : « c'est un bain de sang », affirme-t-il, faisant référence à la hausse de 0,50 % des taux de refinancement hypothécaires (« mortgages ») à 6,74 % en seulement cinq semaines. Kiesel fait également référence à l'indice de confiance du secteur US de la construction, au plus bas depuis février 1991. Au recul des mises en chantier de mai, et à cette prévision du Realtor's Group : les ventes de biens immobiliers neufs devraient cette année baisser de 33 % par rapport au pic atteint en 2005.
David Viniar, directeur financier de Goldman Sachs, estime que les banques d'affaires, les assureurs, les fonds de pension et les sociétés de gestion qui détiennent quelques 6 000 milliards de dollars de ‘mortgage backed securities' n'ont pas encore connu toutes les conséquences des défauts liés aux « subprimes », qui représentent environ 800 milliards de ce total. Lors d'une conférence téléphonique qui se tenait le 14 juin dernier, Viniar déclarait : « Je continue de croire que nous n'avons pas encore touché le fond du marché des ‘subprime' ».
Nouriel Roubini, un ancien du Trésor sous Bill Clinton maintenant directeur de Roubini Global Economics, déclare à l'agence Bloomberg : « ce n'est plus seulement une récession immobilière, cela ressemble de plus en plus à une récession économique ». Hum. Ce ne sont pas là des propos qu'on tient, d'habitude, à la légère.
En conclusion, loin de nous l'idée de nous réfugier au fin fond d'un bunker. La zone euro répond à des fondamentaux différents, la valorisation de ses actions est moindre que celle des États-Unis et son marché de la dette est également moins hypertrophié. Il n'en reste pas moins qu'Europe et Amérique du Nord sont voisins et partenaires économiques.
D'ailleurs, la tension des taux longs vaut pour les deux côtés de l'Atlantique : en comparant les taux longs ci-dessous à ceux de notre chronique du 2 mai dernier, nous constatons une hausse de 0,48 % pour les Bonds US et de 0,38 % pour l'OAT TEC 10 française. C'est beaucoup en peu de temps.
Alors que les marchés de taux connaissent une tension continue depuis plusieurs trimestres, voilà que la tendance s'accélère. Ce qui ne sera pas, à moyen terme, sans conséquence sur l'économie du Vieux continent. En attendant - selon des informations de dernière minute -, cela n'empêche pas le London Stock Exchange, la vénérable Bourse de Londres, de discuter fusion avec la Bourse de Milan. Mais gare à la suite.
Richard Haussmann
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© 2007 Economie Matin
Rappel apéritif
Il s'est passé quelque chose ce 18 juin. Ce n'est pas seulement l'anniversaire de l'appel du général de Gaulle sur Radio Londres, ni le premier jour de la fin de la fin de l'immunité du président sortant. Comme
nous vous l'annoncions voilà trois semaines, les actions AGF et Thomson ne font plus partie du CAC 40. Depuis lundi, elles sont remplacées par la foncière Unibail Holding (- 0,48 % sur la semaine à 196,60 €) et l'action de la compagnie aérienne Air France KLM, qui connaît des débuts difficiles : - 1,07 % à 35,13 €.
Un festival de valeurs en hausse
Mais ce ne sont pas deux titres qui peuvent contrer l'élan haussier qui anime le CAC. Et quelle hausse : au terme des cinq séances qui viennent de s'écouler, dix des quarante valeurs du « nouveau CAC » enregistrent une progression supérieure à 5 % !
La palme de la semaine revient aux valeurs automobiles : Renault prend 7,6 % à 117,44 €, Michelin 7,5 % à 102,80 € et Peugeot 4,8 % à 60,25 €. À première vue pourtant, les nouvelles ne sont pas si bonnes : les ventes mondiales de Renault ont reculé de 4,2 % en mai 2007 par rapport à mai 2006, alors que les nouvelles gammes ne sont attendues qu'à la fin de l'année. Et pour le quatrième mois consécutif, les immatriculations européennes sont en baisse, le mois de mai enregistrant un recul de 1,6 %. Mais ce chiffre se nuance : si en Europe de l'Ouest le recul est net (- 2,6 %), en Europe centrale et orientale, c'est la hausse qui domine toujours : + 11,1 %.
Justement, Renault est propriétaire du constructeur roumain Dacia, qui produit la fameuse « voiture à 5 000 € », la Logan, vendue depuis mai sur le sous-continent indien par une co-entreprise avec le groupe indien Mahindra & Mahindra.
Et il semblerait que Renault n'entende pas en rester là : le Figaro écrivait jeudi dernier que le groupe a l'intention d'embaucher 1 000 ingénieurs en Inde pour concevoir une voiture à moins de 3 000 $, qui ne serait vendue que sur les marchés émergents. Porte-parole de Renault, Axelle de Ladonchamps a bien déclaré que « nous [Renault] pensons à une voiture plus compétitive que la Logan », sans confirmer les embauches susmentionnées. Le groupe des frères Peugeot n'est pas oublié : selon une annonce toute fraîche, PSA est sur le point de construire une usine d'assemblage en Russie, dans la région de Pskov, frontalière avec l'Estonie et la Lettonie.
Le renouvellement des gammes est également un enjeu important pour les constructeurs français. Selon le magazine Challenges, Renault pense à relancer une nouvelle série de Safrane. De son côté, Peugeot-Citroën envisagerait de créer une troisième marque pour le « haut de gamme ». Le portefeuille de marques déposées de PSA compte « Simca », « Talbot », « Sunbeam », mais aussi - et dans le cas présent, surtout - « Chambord » et « Panhard ».
Parmi les autres valeurs en hausse, citons le numéro un mondial des gaz industriels et médicaux Air Liquide (+ 7,5 % à 95,48 €), qui se reprend de ses dernières baisses. Certains analystes mettent en avant que la division par deux du nominal - intervenue le 13 juin dernier - peut lui profiter, en le rendant psychologiquement plus attrayant. D'ailleurs, la semaine dernière, Citigroup a révisé son objectif de cours sur le titre à 90 €, quand l'objectif de cours n'était que de 163,64 € avant la division.
Parmi les autres titres en hausse, citons encore Alstom (+ 7,5 % à 122,47 €). Outre son aspect spéculatif en raison d'un éventuel renforcement de Bouygues, son premier actionnaire avec 25 % des parts, le groupe vient d'ajouter une ligne à son carnet de commande : une centrale à gaz qui sera construite dans l'Ouest algérien pour 310 millions d'euros.
Les valeurs françaises de l'énergie et le Canada
L'action EDF trouve encore le moyen de s'octroyer presque 7 % sur cinq jours à 74,10 €, mais ce n'est pas la seule des valeurs de l'énergie à être en forme. L'action du pétrolier Total s'adjuge 5,9 % 59,27 €, profitant en partie d'une nouvelle hausse du baril (+ 2 $ sur la semaine). Au cours de la semaine écoulée, une rumeur a également couru : selon la Lettre de l'Expansion, Total aurait été sur le point de racheter la compagnie canadienne Western Oil Sands, dont le principal actif est une participation de 20 % dans l'Athabasca Oil Sands Project (AOSP), une co-entreprise avec Royal Dutch Shell (60 %) et l'américain Chevron (20 %). AOSP est constitué de sables bitumineux qui renferment d'importantes réserves qui, avec les cours actuels du pétrole, deviennent rentables. Western Oil Sands s'était déclaré « à vendre » en février.
Christianne Wile, porte-parole de Total Exploration & Production Canada, a bien confirmé que le groupe a évoqué « très ouvertement [ses] projets d'investissement de 10 à 15 milliards de dollars US dans les sables bitumineux ». Mais elle n'a pas dit quand, ni où.
Hors CAC 40 - mais peut-être pas pour longtemps, étant donné sa valeur d'entreprise et ses besoins de capitaux -, le géant nucléaire public français Areva (certificat d'investissement, + 12,08 % sur cinq jours à 821,25 €) a également fait parler de lui. En quelques jours, le groupe aligne d'impressionnantes annonces : plus d'un milliard d'euros pour un contrat d'enrichissement d'uranium avec le sud-coréen KHNP, un contrat de 100 millions avec EDF, une co-entreprise avec l'aluminier russe Rusal destinée à moderniser les fonderies de ce dernier... Et encore le Canada : vendredi, Areva a annoncé le lancement d'une OPA sur la minière d'uranium UraMin, une valeur canadienne. Montant : 2,5 milliards de dollars US, tout en numéraire.
Rappelons qu'Areva est présent sur toute la chaîne de valeur de l'uranium, depuis l'extraction jusqu'à l'enrichissement et le retraitement des déchets. Dans un communiqué, le fondateur d'UraMin, Stephen R. Dattels, indique que « la mise en production des gisements d'UraMin offre à Areva l'opportunité de renforcer sa position parmi les premiers producteurs mondiaux d'uranium ».
Les déboires de Sanofi-Aventis
Afin de faire bonne mesure, terminons sur une valeur en berne. Le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis subit la plus forte chute hebdomadaire du CAC, et de loin : l'action perd... 8,3 % à 61,65 € ! Voilà qui détonne dans un concert de hausses. La semaine dernière, un groupe d'expert travaillant pour l'autorité sanitaire américaine, la FDA, a émis un avis unanimement négatif sur la demande de mise sur le marché de son produit Acomplia, dont le nom générique est Rimonabant. Double hic : non seulement les États-Unis sont le premier marché mondial pour les médicaments, mais l'Acomplia était destiné à lutter contre l'obésité.
Les experts américains se sont inquiétés de cas dépressifs graves chez les utilisateurs du médicament. C'est un coup dur pour l'Acomplia, accessible depuis un an sur le marché européen. L'avis de son panel d'expert est généralement suivi par la FDA, qui rendra sa décision en juillet. De plus, une enquête sanitaire a été lancée en Europe.
Pourtant mardi 19 juin, une cour américaine rejeté la demande d'invalidation du brevet de Sanofi sur son antithrombotique Plavix initiée par le laboratoire canadien Apotex, qui voulait en produire une version générique. Mais le sort s'acharne contre l'action Sanofi, qui pourrait bien souffrir en plus d'un afflux de papier. En effet, ses deux principaux actionnaires sont Total (13,2 % des parts) et L'Oréal (10,6 %). Total affirme « rester sur la position adoptée à l'assemblée générale », lors de laquelle son président Christophe de Margerie indiquait qu'il vendrait ses parts « à court terme ». L'Oréal se montre plus mesuré, indiquant qu'une « vente imminente n'était pas d'actualité », mais il précise aussi que sa participation dans Sanofi n'est « pas stratégique ».
La Chine lutte contre ses exportations
Après avoir échappé à de nouvelles critiques américaines quant à sa monnaie la semaine passée, la Chine a décidé cette semaine d'une série de mesures fiscales destinées à freiner ses exportations. Pour mémoire, l'excédent commercial chinois était de 177,47 milliards de dollars en 2006, en hausse de 74 %. De janvier à mai 2007, l'excédent en question est encore en hausse de 83 % !
Après des mesures temporaires, la Chine a décidé la suppression à compter du 1er juillet des rabais sur les taxes à l'exportation touchant plus de 2 800 produits représentant 37 % des types de bien exportés. Montres, jouets, motos : un véritable inventaire à la Prévert.
« C'est la première fois qu'est adopté un ajustement de cette ampleur », se félicite Li Yushi, cadre d'une dépendance du ministère du Commerce. Stephen Green, économiste de la banque Standard Chartered, confirme : « Il ne s'agit pas de mesures cosmétiques. Le gouvernement a la volonté de faire baisser l'excédent ». Puis il tempère son jugement : « Dans un monde idéal, il ferait plus mais ces industries sont créatrices d'emplois. Nos calculs préliminaires montrent que cela concerne moins de 5% du commerce total ».
Une nouvelle victime de la crise des « subprime » US
Passons un peu de l'autre côté de l'Atlantique. Après des intermédiaires comme New Century Financial, un hedge fund exposé aux mortgage backed securities (MBS, des actifs résultant de la titrisation des emprunts hypothécaires) à haut rendement avait été fermé le mois dernier avec des pertes de 124 millions de dollars : c'était Dillon Read Capital Management, filiale du suisse UBS.
Ce mois-ci, c'est la banque américaine Bear Stearns qui fait grise mine. Un des ses fonds au nom imprononçable - High-Grade Structured Credit Strategies Enhanced Leverage Fund - se trouve en grande difficulté. Selon L'Agefi française, environ 4 milliards de dollars de MBS venant de ce fonds ont été mis aux enchères la semaine dernière.
Certes, l'exposition de Bear Stearns est limitée à 40 millions de dollars, ce qui correspond aux parts de ce fonds que la banque détient en propre. Mais s'il n'a que dix mois d'existence, le fonds en question affiche déjà une perte de... 23 %. À l'heure actuelle, il n'a pas encore été clôturé, mais le départ d'investisseurs mécontents pourrait contraindre à cette extrémité.
Le pire des « subprime » est-il vraiment derrière nous ?
Si vous suivez attentivement les tableaux de bord figurant au bas de nos chroniques, il ne vous aura pas échappé que les taux longs se sont nettement tendus depuis début mai. Ce qui pourrait être lourd de conséquences pour l'immobilier américain en particulier, et l'économie mondiale en général.
« Un environnement de taux plus élevés va renchérir le coût du crédit pour les entreprises et rendre certains accords de fusions acquisitions moins faciles », écrit Paul Nolte, du conseil en investissement Hinsdale Associates. Il ajoute : « cela pourrait aussi avoir un impact sur un marché immobilier encore mal en point ».
Vice-président de Pacific Investment Management Co (PIMCO), une société gérant près de 700 milliards de dollars d'obligations, Mark Kiesel se montre plus alarmiste : « c'est un bain de sang », affirme-t-il, faisant référence à la hausse de 0,50 % des taux de refinancement hypothécaires (« mortgages ») à 6,74 % en seulement cinq semaines. Kiesel fait également référence à l'indice de confiance du secteur US de la construction, au plus bas depuis février 1991. Au recul des mises en chantier de mai, et à cette prévision du Realtor's Group : les ventes de biens immobiliers neufs devraient cette année baisser de 33 % par rapport au pic atteint en 2005.
David Viniar, directeur financier de Goldman Sachs, estime que les banques d'affaires, les assureurs, les fonds de pension et les sociétés de gestion qui détiennent quelques 6 000 milliards de dollars de ‘mortgage backed securities' n'ont pas encore connu toutes les conséquences des défauts liés aux « subprimes », qui représentent environ 800 milliards de ce total. Lors d'une conférence téléphonique qui se tenait le 14 juin dernier, Viniar déclarait : « Je continue de croire que nous n'avons pas encore touché le fond du marché des ‘subprime' ».
Nouriel Roubini, un ancien du Trésor sous Bill Clinton maintenant directeur de Roubini Global Economics, déclare à l'agence Bloomberg : « ce n'est plus seulement une récession immobilière, cela ressemble de plus en plus à une récession économique ». Hum. Ce ne sont pas là des propos qu'on tient, d'habitude, à la légère.
Vigilance sur les marchés de taux
En conclusion, loin de nous l'idée de nous réfugier au fin fond d'un bunker. La zone euro répond à des fondamentaux différents, la valorisation de ses actions est moindre que celle des États-Unis et son marché de la dette est également moins hypertrophié. Il n'en reste pas moins qu'Europe et Amérique du Nord sont voisins et partenaires économiques.
D'ailleurs, la tension des taux longs vaut pour les deux côtés de l'Atlantique : en comparant les taux longs ci-dessous à ceux de notre chronique du 2 mai dernier, nous constatons une hausse de 0,48 % pour les Bonds US et de 0,38 % pour l'OAT TEC 10 française. C'est beaucoup en peu de temps.
Alors que les marchés de taux connaissent une tension continue depuis plusieurs trimestres, voilà que la tendance s'accélère. Ce qui ne sera pas, à moyen terme, sans conséquence sur l'économie du Vieux continent. En attendant - selon des informations de dernière minute -, cela n'empêche pas le London Stock Exchange, la vénérable Bourse de Londres, de discuter fusion avec la Bourse de Milan. Mais gare à la suite.
Richard Haussmann
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