06 septembre 2007
Le CAC 40 s’installe au-dessus des 6 000 points
Quelques résultats trimestriels marquants
Les publications intermédiaires continuent de soutenir la cote. Remarquable performance cette semaine pour l'action du groupe bancaire BNP Paribas : + 5,5 % sur cinq séances, à 91,15 €. Le titre a même touché son plus haut historique à 91,45 € ce 9 mai.
En effet, la banque a publié des résultats trimestriels bien meilleurs que prévu. Qu'on en juge : au cours du T1, son résultat net a gagné 24,5 % à 2,5 milliards d'euros, alors que le consensus des analystes n'en attendait que 2 milliards ! Certes, BNP Paribas a profité d'une belle plus-value de 300 millions sur la cession de ses parts dans le distributeur Vivarte : 300 millions. Mais le groupe a aussi mieux profité que prévu de l'intégration de la banque italienne qu'il a racheté, BNL, ainsi que d'une très bonne collecte d'épargne et d'une activité soutenue de sa banque de financement et d'investissement.
En outre, et malgré la concurrence qui rogne ses marges en France, BNP Paribas a vu son résultat d'exploitation gagner 23 % à 3,6 milliards, alors que le consensus moyen pariait sur 3,16 milliards. Au final, selon les analystes d'UBS, et même en ne tenant pas compte de Vivarte, ces résultats du T1 devraient entraîner une révision à la hausse du consensus pour tout l'exercice 2007 de BNP Paribas.
Notons aussi le décollage du spécialiste des tubes sans soudures Vallourec : + 9,8 % à 218 €. Voilà qui n'est pas si fréquent pour une valeur du CAC. Dernièrement, le titre avait été chahuté par la cession progressive de ses parts par le groupe Bolloré, passé maintenant sous les 5 %.
Saluons la performance à double titre, puisque c'était la première fois que la société publiait des résultats trimestriels. Au T1, le bénéfice net de la société a gagné 11,6 % à 238 millions d'euros, et le chiffre d'affaires de 10,3 % à 1,45 milliard. Jusque là, rien à signaler : le marché n'en attendait pas moins. C'est la performance opérationnelle qui a agréablement surpris les opérateurs : la marge brute d'exploitation de Vallourec a décollé de plus de 29% au T1. A part le marché nord-américain, la demande a fait preuve de tenue, tout spécialement en Allemagne et en Asie.
Peut-être nous trouverez-vous un peu dur de ne classer Vallourec qu'en seconde position. A notre décharge, les trimestriels ne sont pas la seule explication de l'envolée du titre. Car son secteur est aussi en ébullition : le sidérurgiste suédois SSAB (Svenskt Stal) a lancé une offre sur son concurrent canadien IPSCO, très présent dans les tubes, pour 7,7 milliards de dollars US.
OPA & rumeurs d'OPA
Et voilà une transition toute trouvée. Autre OPA massive : Le 7 mai, l'aluminier américain Alcoa a lancé une offre sur son concurrent canadien Alcan, pour la bagatelle de 33 milliards de dollars. Alcoa propose 58,60 $ US et 0,4108 action pour racheter le canadien. Toujours cotée à Paris depuis son rachat de Péchiney, l'action Alcan gagne plus 35 % sur la semaine à plus de 58 € !
Attention cependant : le numéro un mondial voulant racheter le numéro deux, des réserves sont à prévoir de la part du gendarme boursier américain. En outre, des rumeurs évoquent l'éventuelle arrivée de « chevaliers blancs ». Le nom du géant minier australo-britannique BHP Billiton est notamment évoqué.
Et puisque nous parlons de cette dernière, n'oublions pas des rumeurs datant du 9 mai, qui prêtent à BHPB l'intention de racheter son concurrent Rio Tinto. Montant évoqué par les courtiers : 100 milliards de dollars ! Egalement cotée à Paris, l'action Rio Tinto s'est envolée de 20 % à 55 €. Malgré le démenti apporté par Rio Tinto, le titre reste très entouré, la perspective d'une consolidation parmi les minières généralistes restant d'actualité.
Les « valeurs estampillées Sarkozy » en hausse
Nous empruntons cette expression à nos distingués collègues de Cercle Finance. Peut-être devons-nous faire amende honorable relativement à notre propos de la semaine passée : l'élection présidentielle a finalement eu une conséquence boursière. Certaines des meilleures performances hebdomadaires du CAC sont directement liées à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. En effet, sur cinq jours, l'action Bouygues prend près de 4 % à 61 €, celle d'Alstom 2,8 % à 115 €.
Comment expliquer ces hausses ? Reprenons depuis le début. Depuis 2006, des rumeurs prêtent au groupe Bouygues l'intention de se séparer de Bouygues Telecom, troisième opérateur de téléphonie mobile français, qui vaut aux alentours de 10 milliards d'euros. Lundi 7 mai, de nouvelles rumeurs de presse indiquaient que l'opérateur télécoms néerlandais KPN pourrait racheter BouyguesTel. Bien sûr, Bouygues a démenti.
Il n'en reste pas moins certain que Bouygues a l'intention de se diversifier vers le secteur de l'énergie. La preuve : en avril 2006, il a racheté à l'État les 21 % qu'il détenait dans Alstom suite à sa recapitalisation. Ensuite, Bouygues a porté sa participation à 25 % du capital du spécialiste des équipements énergétiques (centrales électriques, turbines, alternateurs...) et de transport ferroviaires.
L'énergie est un secteur porteur, Bouygues le sait. Or la vente d'une partie du capital d'Areva n'a été évitée que de justesse voilà deux ans. La privatisation au moins partielle d'Areva, dont moins de 10 % du capital est coté en Bourse, pourrait fort bien traverser l'esprit des nouveaux dirigeants. D'autant que Bouygues s'était montré intéressé il y a deux ans, l'idée étant de rassembler les actifs « énergétiques » d'Alstom et d'Areva.
Il n'est un secret pour personne que Martin Bouygues fait partie des proches de Nicolas Sarkozy. L'État aura besoin d'argent, et pourrait fort bien remettre la vente d'une partie d'Areva sur le tapis. Bouygues est toujours en embuscade, et le cas échéant, pour financer une telle opération, il aurait besoin de fonds qu'il pourrait fort bien retirer de la vente de Bouygues Telecom. Et la boucle serait - peut-être - bouclée. A suivre...
Prévisions de croissance en hausse pour l'Europe
Sur le plan macroéconomique, l'évènement marquant de la semaine revient à la Commission européenne, qui a relevé sa prévision de croissance pour les 27 membres de l'Union européenne de 2,7 à 2,9 % en 2007, et de 2,4 à 2,7 % en 2008. Ce n'est pas rien : toutes choses égales par ailleurs, l'UE pourrait afficher en 2007 une progression du PIB supérieure à celle des États-Unis. Une première depuis 2001.
Pour les treize membres de la zone euro, les prévisions passent de 2,4 à 2,6 % en 2007, et de 2,2 à 2,5 % en 2008. Une bonne nouvelle que la Commission attribue principalement à la création de 6 millions d'emplois dans l'Euroland sur 2006-2008. Pour la zone euro en tout cas, le taux de chômage devrait baisser jusqu'à 6,9% en 2008, le « niveau au plus bas depuis le début des années 1990 », l'inflation - l'indice des prix à la consommation - restant sous les 2 %.
En outre, l'Allemagne, première économie européenne, devrait afficher une croissance de 2,5 % cette année et l'année prochaine, alors que la CE tablait sur moins de 2 % précédemment. Mais les prévisions pour la France sont, elles, revues en baisse. Il se pourrait que l'Allemagne dépasse de nouveau la France...
La BRI plus optimiste sur l'économie mondiale
Le patron de la BCE, Jean-Claude Trichet, s'est voulu optimiste cette semaine à Bâle, au siège que la « banque centrale des banques centrales », la Banque des règlements internationaux (BRI) : « Nous avons constaté que la croissance économique mondiale est toujours très encourageante », a-t-il dit en temps que porte-parole des gouverneurs des banques centrales du G10. « Nous sommes dans la droite ligne de ce que nous avons dit lors de la dernière réunion du Fonds monétaire international et de la précédente réunion de Bâle, il y a deux mois », poursuit J.-C. Trichet. La croissance mondiale serait maintenant « mieux équilibrée » au niveau mondial.
Le président du Conseil de gouverneurs de la BCE a aussi indiqué que les récents « trous d'air » qui ont affecté les Bourses asiatiques (Chine et Inde notamment) ont été « bien absorbés » par les marchés financiers : « la résistance des marchés s'est ainsi confirmée », a-t-il dit.
Les membres du G10 ont également évoqué le prix des matières premières et de l'immobilier : « La stabilité des prix est un facteur essentiel de la croissance mondiale », déclare leur porte-parole, qui répète qu'une énergie trop chère menace la conjoncture mondiale. Trichet revient aussi sur la sous-évaluation des primes de risque : « vigilance », répète Jean-Claude Trichet.
Mais gare aux déséquilibres !
La semaine passée, la Commission européenne s'est montrée nettement plus mesurée sur la question : « L'accentuation des déséquilibres mondiaux constitue un signal d'alarme pour l'économie mondiale », écrivent les commissaires dans leur deuxième déclaration annuelle sur la zone euro.
Ils évoquent notamment le creusement du déficit courant américain quand à l'inverse, les pays asiatiques, comme le Japon et la Chine, et ceux du Moyen-Orient voient leurs excédents augmenter. « L'Europe n'est pas à l'abri des effets d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux », avertissent les commissaires.
La Bourse de Shangai dépasse les 4 000 points
Confirmant les dires du G10 sur la tenue des marchés, et après son dérapage de 9 % le 27 février dernier, la bourse de Shanghai a clôturé mercredi 9 mai à 4 013 points, dépassant ainsi pour la première fois de son histoire les 4 000 points. Ceci dit, dimanche 6 mai, le gouverneur de la banque centrale de Chine continentale Zhou Xiaochuan a évoqué la forte valorisation des actions chinoises, qu'il considère comme un « souci ».
Il faut dire que voilà seulement deux mois, l'indice principal de Shangai n'en était qu'à 3 000 points. L'une des causes de la correction de la vive correction de février venait en partie du sentiment de surévaluation du marché chinois de la part de certains investisseurs. Apparemment, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Soit.
Une petite consolidation pour la route ?
En conclusion, eh bien... La hausse n'a pas l'air décidée à s'arrêter sur les marchés d'actions, que l'on considère ceux d'Europe, de Chine ou d'Inde, même si les marchés japonais et américains sont un peu en retrait.
Les bonnes perspectives économiques annoncées pour l'Europe ne plaident pas en faveur d'un retournement de tendance sur le Vieux continent. Cependant, on se rappellera avec profit que le CAC a rebondit sur les 5 300 points mi-mars. Ce n'est pas si loin, et nous voilà maintenant 700 points plus haut, sans qu'aucune réelle consolidation ne soit intervenue depuis lors. Pourtant, et afin d'assurer la pérennité des niveaux actuels, elle ne serait pas de trop. A bon entendeur...
Richard Haussmann
Chaque semaine, retrouvez l'analyse boursière de Performance bourse dès le jeudi, après la fermeture de la bourse.
© 2007 Economie Matin













Qu'en pensez-vous ?
Donnez votre avis