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06 septembre 2007

La Bourse de Paris face au ralentissement économique

Durant les cinq séances qui viennent de s'écouler, le CAC a bien essayé de toucher les 5 700 points. Mais mercredi 5 septembre, de mauvais chiffres américains ont eut raison de ce rebond et sur la semaine, l'indice parisien n'affiche qu'un gain de 0,6 % qui le ramène à 5 551 points. Le volume d'affaires sur les quarante valeurs du CAC reste constant, à un peu plus de 6 milliards d'euros par séance en moyenne.


Preuve d'un regain de la volatilité et d'incertitudes quant à la tenue de la croissance mondiale, les variations enregistrées par les valeurs du CAC ont été d'une rare amplitude : premiers des gagnants, les titres PPR et Dexia gagnent plus de 7 % quand Carrefour rétrocède 7 % et Peugeot 6 %.


Festival de gagnants



C'est au groupe de luxe et de distribution PPR (+ 7,4% à 28,665 €) que revient la palme de la plus forte progression hebdomadaire. Le groupe a tiré parti de ses résultats semestriels, publiés le 30 août dernier. Résultat opérationnel en hausse de 40 %, bénéfice net part du groupe plus que doublé : non seulement les résultats du groupe dirigé par François Pinault sont bons, mais ils dépassent le consensus de marché.

Les analystes saluent dans leur ensemble la bonne tenue des différentes marques - dans le désordre : Yves Saint-Laurent, Gucci, Bottega Veneta, Fnac, Conforama, le VPCiste anglais Redcats... Le courtier Citigroup a d'ailleurs maintenu son conseil d'achat et relevé son objectif de cours de 146 à 150 €.

Dernière acquisition majeure en date : le société allemande d'articles de sport Puma, dont PPR détient à cette heure 62 % et dont les résultats sont consolidés depuis avril. François-Henri Pinault, fils du fondateur, a cependant déclaré que l'accroissement des parts de PPR dans Puma ne fait plus partie des priorités stratégiques.

Ce qui ne veut pas dire que le groupe n'a plus d'appétit : selon le site internet de Paris Match, le même François-Henri a déclaré que le bijoutier - et joaillier « Bulgari n'est pas à vendre. Dans le cas contraire, nous aurions sûrement examiné le dossier ».

Vient ensuite la banque franco-belge Dexia (+ 7,2 % à 20,93 €), qui s'échappe du peloton des financières du CAC dont aucune autre ne fait partie des hausses sensibles. Là encore, les résultats intermédiaires publiés le 30 août sont salués : au S1, le résultat net prend 11,5 % à 1,5 milliard d'euros, quand les ventes ne gagnent que 4,5 % et sont sur la voie d'une accélération. Là encore, ces performances dépassent le consensus du marché.

Certes Axel Miller, à la tête du comité de direction de la banque, a indiqué à cette occasion : « je tiens à confirmer que Dexia est très bien protégée et voit s'ouvrir une série d'opportunités de développement attractives ». Une déclaration relativement rassurantes contre les « subprimes » même si Dexia n'est pas Natixis.

Mais « la vérité est ailleurs » : comme Accor, notre champion haussier de la semaine passée, l'une des raisons majeures de la hausse de Dexia est l'annonce de la reprise d'un programme de rachat d'actions massif, pour un montant de 500 millions d'euros. Soit environ 2 % de l'actuelle capitalisation boursière du groupe qui atteint 24,5 milliards d'euros ce jour.


Les ambitions nucléaires de Bouygues attendent un geste de l'Etat



Enfin, saluons le parcours de l'action Bouygues sur les cinq derniers jours : + 5,16 % à 57,89 €. Résultats semestriels, encore et toujours : au S1, le bénéfice net du groupe grimpe de 16 % à 655 M€ et son résultat opérationnel courant de 22 % à 1.034 M€ - dont presque la moitié revient à Bouygues Telecom -, pour des ventes de 13,3 milliards en hausse de 10 %. C'est plus que ce qu'attendait le marché, ce qui ne gâte rien.

Le P-DG Martin Bouygues a de nouveau relevé son estimation de CA pour 2007 : c'est la deuxième fois cette année. Et il reste optimisme : « si l'activité est favorable, nous espérons pouvoir légèrement dépasser ces chiffres », a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse.

Là encore, ce n'est pas tout. Pas de rachat d'actions en vue, mais la confirmation de l'intérêt stratégique de Bouygues pour le nucléaire. D'abord grâce au groupe de matériel de transport et d'équipements énergétiques Alstom, dont Bouygues contrôle le quart du capital. Un renforcement serait-il en vue ?

« On verra », s'est contenté de déclarer Martin Bouygues. Mais il a également dit : « Avec la participation d'Alstom et le savoir faire de Bouygues et d'Areva, il y a de quoi faire un pôle nucléaire français ». Il s'est aussi fendu de cette ouverture à destination de l'État, actionnaire très majoritaire du groupe nucléaire Areva : « si on nous invite à discuter ou à faire des propositions, nous le ferons ».

Rendu publique cette semaine, un document de travail du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) - l'entité publique qui détient dans les faits près de 80 % des « certificats d'investissements » Areva actuellement cotés en Bourse - s'est lancé dans la prospective : le CEA envisage de voir sa participation évoluer. Différents scénarios sont évoqués : l'un concerne Bouygues et Alstom, un autre Eramet.

« Nous souhaitons jouer un rôle actif dans Areva », a indiqué Bouygues, qui ne fait pas d'une participation majoritaire un préalable. Il a cependant ajouté qu'une participation très diluée n'aurait toutefois « pas grand sens ».

Cependant, rien n'est arrêté : Areva vient de créer la co-entreprise Atmea avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries, afin de commercialiser les réacteurs EPR de troisième génération. Kazuo Tsukuda, patron du groupe nippon, s'est certes montré prudent sur une éventuelle prise de participation au capital d'Areva. Mais il l'a cependant évoqué, dans un style poétique très japonais, le 3 septembre dernier : « je suis comme une feuille blanche. Rien n'est écrit. Je n'ai donc pas de position arrêtée. (...). S'il y a une évolution, nous verrons comment réagir ».


Il y a donc du monde sur les rangs...




Carrefour à la peine



Le groupe de distribution Carrefour suscite actuellement beaucoup d'intérêt, surtout depuis l'arrivée à son capital du fonds Colony et de Bernard Arnault, qui pressent la direction de profiter de son important portefeuille immobilier d'entreprise . Cela n'a pas empêché le titre Carrefour d'afficher la plus belle dégringolade sur la semaine : - 7,1 % à 48,42 €.

Il faut dire que les résultats intermédiaires de Carrefour n'ont, comme nous le craignons la semaine passée, pas la flamboyance des trois entreprises que nous venons de citer. Ils ne dépassent pas le consensus des analystes.

Pourtant, le plan stratégique annoncé par le management promet un sérieux « retour de valeur » pour les actionnaires, qui devraient d'ici 2010 encaisser 4,5 milliards : cessions d'actifs et cotations séparée de 60 % de ses actifs immobiliers par la mise sur le marché d'une foncière ad hoc, Carrefour Property, qui devrait être dotée de 3 milliards d'actifs.

Colony n'en est pas à son coup d'essai : il avait poussé la direction du groupe hôtelier Accor a faire de même, qui qui avait soutenu le cours du titre. Cependant, Carrefour n'est pas Accor : les analystes indiquent que les modalités exactes de l'introduction en Bourse de Carrefour Property ne sont pas encore claires, d'autant que Carrefour n'entendrait se délester que de 20 % de sa filiale.


Problème :
la loi sur les foncières cotées et le statut de SIIC - très favorable fiscalement et pour les actionnaires, qui se voient reverser la quasi-totalité des bénéfices -, qui entrera en vigueur l'année prochaine, ne s'appliquerait pas à Carrefour Property. En effet, la loi SIIC exclut de son champ d'application les foncières dont un seul actionnaire détient plus de 60 %.

En outre, Accor avait réalisé cette opération alors que le marché immobilier n'était pas entré dans la tourmente qu'il connaît actuellement. Bref, il n'est pas certain que l'opération Carrefour Property tienne ses promesses. Et le marché s'en est aperçu. À suivre...


Net ralentissement économique en vue ?



Nous vous parlions la semaine dernière des perspectives économiques de l'entreprise France, que bien malgré nous nous ne voyons pas comme très favorable. Nous aurions aimé trouvé du réconfort du côté de la ministre de l'Économie Christine Lagarde, qui multiplie les déclarations contradictoires relativement aux prévisions de croissance 2007 : fourchette 2,25-2,50 % maintenue, puis mise sous réserve, puis de nouveau maintenue... Sauf que les économistes ne sont pas de cet avis, et que Nicolas Bouzou, patron d'Asteres, n'est pas le seul à se montrer corrosif. Il estimait que le PIB français ne devrait pas dépasser les 1,8 % cette année.

Dernier épisode en date : l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), vénérable organisme intergouvernemental basé au Château de la Muette, à Paris, s'est fendu d'un communiqué aux allures de Scud. L'OCDE revoit en baisse ses prévisions de croissance 2007 les États-Unis (1,9 %, contre 2,1 % avant) et l'Europe. Sur le Vieux continent, la France subit la plus forte rétrogradation des économies européennes : comme Bouzou, notre prévision croissance pour l'année en cours est ramenée à 1,8 %. Celle de la zone euro, même réduite, demeure à 2,6 % : voilà un écart impressionnant ! L'Allemagne n'est pas épargnée : l'OCDE a réduit sa prévision de croissance de 2,9 % à 2,6 %.

Au vu des dernières statistiques, l'OCDE plaide ouvertement pour une baisse des taux courts de la Fed et pour le statu quo en zone euro et au Japon. En effet Jean-Philippe Cotis, son chef économiste a indiqué lors d'une conférence de presse que « notre diagnostic est au ralentissement », et un ralentissement plus marqué qu'il ne le pensait initialement.

Et attention : l'OCDE indique se baser sur les données statistiques détaillées du deuxième trimestre récemment mises à jour par les organismes statistiques d'Europe et des Etats-Unis. Cela signifie que l'impact des « subprimes », qui se fera sentir à partir de maintenant jusqu'en 2008, n'est pas pris en compte.

Bref, il nous semble opportun de renforcer le profil défensif de notre portefeuille d'investissements face à une conjoncture globale faiblissante conjuguée à une montée des risques. Il ne nous semble pas inutile de nous focaliser, par exemple, sur les valeurs offrant un rendement élevé.

Richard Haussmann


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© 2007 Economie Matin

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