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03 juillet 2007

Soudan le pétrole au cœur de la guerre civile

Que retiendra-t-on de la conférence sur le Darfour du 25 juin à Paris ? Rien. Les déclarations de bonnes intentions de la communauté internationale ne suffiront pas à régler le conflit qui oppose depuis 2003 le gouvernement d'Omar Al-Bachir aux factions rebelles. Pas plus que le soutien apporté à la force « hybride » de 20 000 hommes de l'Onu et de l'Union Africaine ne portera secours aux deux millions et demi de réfugiés de la province occidentale du Soudan. « Les dirigeants de Khartoum ont accepté cette force internationale mais en posant des conditions : pas d'hélicoptères et un commandement africain. Bref, ils veulent l'assurance que les troupes seront aussi impuissantes que l'actuelle Muas (Mission de l'Union Africaine au Soudan) rongée par la corruption » estime Gérard Prunier, directeur du Centre français d'études éthiopiennes et chercheur au CNRS. La communauté internationale n'est pas dupe ... mais reste les bras croisés. Les Occidentaux justifient leur passivité par l'opposition farouche de la Chine à toute intervention étrangère dans le conflit du Darfour. Un soutien chinois indéfectible sur fond de pétrole et de fusils. Khartoum vend 65 % de sa production de brut à Pékin, qui, en retour, est le premier fournisseur d'armes du Soudan. Les échanges bilatéraux entre les deux pays ont atteint 2,15 milliards d'euros l'an passé.

« La Chine prospecte dans tout le Soudan pour trouver des gisements de pétrole constate Gérard Prunier. Aujourd'hui, 80 % des puits se trouvent au sud, ce qui entretient l'instabilité politique dans cette région qui menace de faire sécession. » Le conflit du Darfour cristallise l'attention de la communauté internationale mais les tensions entre le nord dominé par les Arabes musulmans et le sud majoritairement noir et chrétien restent vivaces. La signature d'un accord de paix à Nairobi (Kenya) en 2005 n'a pas suffi à effacer le souvenir de 20 ans de guerre civile et d'1,5 million de morts. D'autant plus que les partisans du président Al-Bachir torpillent tout processus politique. Pour Gérard Prunier, « Les Arabes sabotent systématiquement l'accord de paix. Les élections locales de 2009, pas plus que le référendum d'autodétermination de 2011, n'auront lieu. Ou alors ils seront truqués... La population n'acceptera pas cette situation. Une nouvelle génération de combattants se lèvera ». Pour ne rien arranger, les enjeux pétroliers dépassent largement les frontières soudanaises. La Chine prospecte au Tchad et lorgne du côté de la République centrafricaine. « On ignore encore s'il y a du pétrole en Centrafrique, mais c'est très probable vu la proximité du bassin tchadien. » Des appétits qui risquent de déstabiliser plus encore des pays déjà fragilisés. Le Tchad ne sait plus que faire des vagues de réfugiés du Darfour voisin quand le président tchadien Idriss Déby soutient militairement les rebelles contre le régime de Khartoum. En représailles, Omar Al-Bachir alimente en armes la guérilla menée par les milices arabes janjawids sur le territoire tchadien. Des actions militaires indirectes en violation de l'engagement que les deux pays ont pris le 14 février de respecter leur souveraineté territoriale respective (la Centrafrique fait elle aussi l'objet d'attaques par des milices soutenues par Khartoum)... La France ? Elle soutient le Tchad. Et... Total. Qui attend depuis 25 ans l'accès aux champs pétrolifères du sud Soudan...

Ophélie Colas des Francs

1983 : L'Armée populaire des peuples du Soudan (APLS), qui regroupe des chrétiens noirs, se soulève contre le gouvernement arabe et musulman de Khartoum pour obtenir l'indépendance du Sud.

1989 : Prise du pouvoir par le Général Omar Al-Bachir, influencé par l'islamiste Hassan El-Tourabi.

2003 : Soulèvement des rebelles musulmans noirs du Darfour qui réclament une répartition équitable des richesses. Les Janjawids, milices arabes soutenues par Khartoum, attaquent les villages.

2004 : Arrivée des premiers soldats de la Muas, la force d'interposition de l'Union africaine.

2005 : L'Onu dénonce des crimes contre l'humanité au Darfour sans qualifier la politique de Khartoum de « génocide ». Elle prévoit des procès pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale.

2006 : L'Onu approuve le déploiement d'une force pour remplacer la Muas. Une décision refusée par Khartoum. Le principe d'une force « hybride » constituée de soldats de l'Union africaine et de Casques bleus est accepté par les deux parties.

©2007 Economie Matin

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