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04 octobre 2007

Nouvel accès de hausse à Paris, le CAC à 5.800 points

Nous n'en sommes pas encore revenus aux 6 168 points atteints lors de la clôture du 1er juin dernier, mais les 5 265 points du mois d'août sont loin derrière. Les volumes échangés s'établissent en moyenne à 6,8 milliards d'euros. Pas de doute, la reprise est nette.On notera cependant que le CAC, même s'il gagne maintenant 4,8 % depuis le 1er janvier, a une nette tendance à être distancé par bon nombre d'indices occidentaux. A commencer par l'EuroStoxx 50, qui regroupe les 50 premières valeurs de la zone euro et gagne 7,3 %. Du côté américain, la tendance haussière des actions est également prononcée : + 8,5 % pour le S&P's 500, et + 13 % pour le Nasdaq Composite, à forte composante technologique.

Cette semaine, les valeurs Air France KLM, Saint-Gobain et Accor affichent des hausses à deux chiffres.

Air France KLM reprend des couleurs



En effet, l'action Air France s'adjuge un solide 13,3 % à 28,41 €. C'est la performance de la semaine pour un titre jusque là éprouvé par le marché boursier. Le rattrapage général des cours lui a plus profité qu'à d'autres.

Et ce d'autant que les analystes de Goldman Sachs ont décidé le 1er octobre d'intégrer la valeur à la liste de leurs valeurs favorites. Leur conseil d'« achat » est assorti d'un objectif de cours de 30 €. Selon une note de recherche de Goldman, ses analystes écrivent que « les actions Air France-KLM ont chuté de 31% depuis le 1er août, en dépit d'une vigueur remarquable ». Goldman Sachs estime que le marché avait mésestimé la puissance et la capacité de résistance du réseau Air France. Manifestement, d'autres investisseurs partagent cet avis, ce qui permet au titre de réduire sa perte depuis le 1er janvier à 11 %.

Outre l'avis de Goldman, certaines rumeurs reviennent à la charge, à commencer par celle qui veut que la compagnie française reprenne son homologue italienne Alitalia, toujours en difficulté financière. Une rumeur de marché indiquait qu'Air France préparait une offre sur Alitalia avec l'aide d'un capital-investisseur. Le groupe y a opposé un démenti catégorique.

Cette semaine, le vice-président d'AF KLM, Leo Van Wijk, est revenu sur le sujet : le cas échéant, il devrait s'agir « d'une alliance créatrice de valeur et pas [d']un sauvetage politique ». En l'état actuel, les espoirs semblent peu nombreux : « Alitalia est fortement endetté est doit être restructuré », ajoute-t-il. « Si le nouveau plan de restructuration est mis en oeuvre, peut-être que la situation va changer ».

En revanche, l'espagnole Iberia est elle aussi disponible, et plus attrayante aux yeux de Leo Van Wijk : « Iberia est une compagnie aérienne rentable. Cela dit, elle ne pourra pas survivre seule », a-t-il indiqué. Jean-Cyril Spinetta avait tenu des propos de la même eau le 26 septembre dernier.

En tout cas, les journaux espagnols bruissent de rumeurs au sujet d'une offre d'Air France sur Iberia. Rappelons qu'en juin, le conseil d'administration d'Iberia n'avait même pas étudié le dossier d'OPA déposé par le fonds US Texas Pacific Group (TPG), qui voulait reprendre la compagnie pour 3,6 € par titre. Selon la presse ibérique, les actionnaires sont confiants dans la solidité de leur société et ne bougeront pas à moins de 4 € par titre.

Au-delà du Vieux continent, Leo Van Wijk a également annoncé que l'alliance commerciale SkyTeam, dont fait partie AF et qu'il préside, pourrait s'étendre à des compagnies indiennes. Les noms d'India Air, de Kingfisher Airlines et de Jet Airways sont évoqués. Rien n'est fait a-t-il ajouté, du moins avant la deuxième moitié de l'année 2008.


Quand Wendel rencontre Saint-Gobain



L'action du groupe de matériaux de construction Saint-Gobain, sévèrement éprouvé la semaine passée par la crise immobilière persistante des Etats-Unis, parvient cette semaine à décoller de 11% à 77,10 €. Quoi de neuf ? Eh bien, hormis une prise de participation portée à 6 % par la holding Wendel Investissement, pas grand chose de neuf. Pour Wendel en revanche, c'est un événement : aucun achat d'envergure n'a été réalisé depuis le début de l'année. Et la crise du crédit a dissuadé la société de racheter à crédit des sociétés non cotées.

Après avoir été dirigée par Ernest-Antoine Seillère, la société de portefeuille actuellement présidée par Jean-Bernard Lafonta reste cependant très suivie, d'autant qu'elle a l'habitude d'être l'un des tous premiers actionnaires dans les sociétés où elle investit.

Dans un communiqué datant du 26 septembre, Wendel écrit que « cet investissement dans une société cotée de grande qualité et au fort potentiel de développement s'effectue dans le cadre de la stratégie de long terme mise en oeuvre par Wendel ». D'ailleurs, dans le sillage de Saint-Gobain, Lafarge prend presque 8 % à 115 €.

La hausse du titre n'est pas sans rappeler celle qu'a connue un autre groupe de matériaux de construction à chaque fois qu'un des holdings d'Albert Frère, Groupe Bruxelles Lambert, monte au capital. La dernière fois, c'était en avril dernier, quand GBL est passé de 15 à 17 %.


Et une rumeur en chambre...



Enfin, l'action Accor retrouve la forme en prenant sur la période 10,45 % à 66,45 €. La cause ? Une rumeur voulant que son premier actionnaire ColTime, filiale du fonds Colony Capital, aient envie de grimper encore un peu. Colony monte au capital du groupe hôtelier depuis 2005. La dernière opération en date : la conversion de 500 millions d'obligations convertibles. Cependant, aucun des intéressés n'a confirmé, ni même commenté.

Pour une fois, les valeurs bancaires ne sont pas à la peine : BNP Paribas prend 8,45 % à 80,54 €, Société Générale 5,4 % à 124,335 €, Dexia 5,3 % à 22,33 € et Crédit agricole SA 4,5 % à 28,27 €. Pourtant, on ne peut pas dire que la situation ait connu d'amélioration sensible depuis la semaine passée. Comme le note L'Expansion, « en moins d’un trimestre, les cinq premières banques en Europe ont cependant vu leur capitalisation boursière allégée de 45 milliards d’euro ».

Ce n'est pas fini : des mastodontes bancaires ont publié cette semaine des résultats pour le moins plombés. UBS, troisième banque d'Europe, a fait savoir qu'elle va « probablement afficher une perte avant impôts comprise entre 600 millions et 800 millions de francs suisses », soit jusqu'à 500 millions d'euros environs, et un bénéfice réduit sur les neuf premiers mois de son exercice. Sans surprise, la réponse est à aller chercher du côté « de la détérioration des conditions du marché hypothécaire résidentiel à risque aux Etats-Unis ».

Non seulement les comptes font grise mine, mais des têtes tombent. Le patron de la division Banque de financement et d'investissement « se retire » : fini pour Huw Jenkins, et pour 1.500 salariés de cette branche. Le PDG Clive Standish « part à la retraite ». « Une première perte trimestrielle après neuf exercices est un résultat décevant, d'autant que nous avons affiché un résultat solide au premier semestre », a déclaré Marcel Rohner, DG actuel du groupe qui va reprendre les choses en main.

Aux Etats-Unis, le géant bancaire Citigroup vient de déclarer une perte de 600 millions d'euros sur le marché obligataire, et vient de lancer un sévère « warning » sur ses résultats du troisième trimestre : une baisse de 60% du bénéfice est attendue. Morgan Stanley a déjà posté une perte trimestrielle, et des rumeurs peu encourageantes courent sur l'allemande Deutsche Bank.


Quand Michael Bloomberg voit tout en noir



Réputé pour son conservatisme bon teint, Michael Bloomberg, le maire de New-York est également le fondateur du groupe d'informations financières qui porte son nom, a rappelé quelques évidences. C'était devant un congrès du parti conservateur britannique, à Blackpool, le 30 septembre.

Tout y passe : selon lui, le niveau « démentiel » atteint par les dettes publiques menace le monde de récession. Il a déclaré que « le Parti conservateur britannique est bien plus fiscalement conservateur que de nombreux politiciens américains qui revendiquent cette même étiquette. Les conservateurs des Etats-Unis sont trop nombreux à vouloir générer d'énormes déficits tout en espérant qu'un jour d'une manière ou d'une autre, quelqu'un d'autre paiera pour nous. Ce n'est pas du conservatisme, mais au mieux de l'alchimie ou, si vous préférez, de la démence ! ». On n'est pas plus clair, même quand on est un vrai-faux candidat à la candidature pour les prochaines présidentielles américaines.

Il incite les gouvernements à se préparer des réserves de fonds pour un futur « coup dur » : « être conservateur sur le plan fiscal veut dire qu'on doit se préparer à faire face au ralentissement inévitable de l'économie », a déclaré M. Bloomberg. Ambiance...


L'économie occidentale peu véloce



En attendant, la conjoncture économique occidentale semble singulièrement manquer d'allant. Aux Etats-Unis, on a appris cette semaine que l'indice ISM des directeurs d'achat du secteur manufacturier, qui mesure l'activité industrielle, a de nouveau ralenti en septembre : 52 points, après 52,9 en août, 53,8 en juillet et 56 en juin.

Publié le même jour, l'homologue européen de cet indicateur s'est établi en septembre à 53,2 points, après 54,3 en août et 56,6 en septembre de l'année passée. Dont acte.


Alan Greenspan ne manque pas d'air



Nous vous parlions voilà peu des interrogations qui ne manqueraient pas de se faire jour sur la gestion de la politique monétaire par les grands argentiers ces dernières années, qui porte en elles la crise de « subprimes ». Alan Greenspan, souvent qualifié de « maestro » de la finance, fait partie de ceux-ci.

Apparemment, d'autres personnes lui ont relayé cette critique. En tournée mondiale pour la promotion de son livre « L'Age des Turbulences », il a fait escale en début de semaine en France. Et il a même donnée une interview au Figaro.

Le moins que l'on puisse dire est que le tout n'est pas très convaincant. Après quelques lieux communs aussi inoffensifs que dépourvus d'intérêt comme il en distille dans chacun des pays dans lequel il passe - « Je comprends que les Français jugent que leur civilisation est supérieure à la nôtre. Mais notre forme de capitalisme brut n'est pas antisociale » -, l'ami Alan passe, en toute fin de papier, à la question des « subprimes ». Et ce n'est pas triste ! Jugez-en plutôt.

Le Figaro : « Avec le recul, vous pensez que la Fed aurait dû réglementer plus strictement la distribution de prêts à taux ajustables à des emprunteurs aussi peu solvables ? »

Alan Greenspan : « Nous avions vu le phénomène arriver. J'en avais parlé en 2002 avec Ed Gramlich, un des gouverneurs de la Fed. Il y avait clairement des abus flagrants dans l'offre de crédits dite 2-28 [des crédits sur 30 ans, à taux fixe les deux premières années, puis à taux variable pendant 28 ans, NDLR]. La question que nous nous posions était : que peut-on faire ? »

Voilà qui est intéressant : primo, Alan Greenspan a donc vu venir la crise, ou du moins c'est ce qu'il raconte car le fait qu'il en ait parlé à un membre de la Fed dont le conseil en compte 10 ne signifie pas grand chose. Secundo, il s'est interrogé sur la manière de réagir. Ce n'est pas rien car aux Etats-Unis, la Fed n'est pas seulement une banque centrale : elle est aussi chargée de réguler le secteur bancaire. Cette mission est confiée à sa Division of Banking Supervision and Regulation, qui a autrement plus de pouvoirs que notre Commission bancaire et autre AMF. Voici la suite.

Alan Greenspan : « Je ne voulais pas que les régulateurs bancaires se mêlent de ça. À mon sens, ce que l'on observait relevait de la fraude pure et simple. Il s'agissait de délits, de tromperies délibérées. Or les régulateurs bancaires ont pour métier d'examiner les comptes d'une banque, leur manière de gérer leurs risques, leur concentration de prêts, mais ils n'ont pas de compétence en matière de délits. Ce que ces courtiers en crédit immobilier faisaient était clairement contraire aux lois existantes. (…) S'il y a un domaine de réglementation qui mérite d'être renforcé c'est bien celui de la fraude ».

Voilà qui est très fort : à quoi sert un régulateur s'il voit arriver les problèmes et ne régule rien ? Il est vrai que certains courtiers hypothécaires ajustaient le revenu déclaré des candidats à l'emprunt en fonction du prix du bien immobilier convoité... Et la banque qui finançait le tout ne vérifiait rien. Mais ce n'est pas seulement de la fraude : il nous semble évident que le contrôle interne des banques a gravement failli, et cela relève du régulateur, puisqu'il est question de l'évaluation des risques de l'entreprise.

Donc, même s'il avait vu arriver quelque chose, Greenspan n'a rien pu faire car... le problème ne relevait pas de sa « circonscription ». Ce cloisonnement des fonctions n'est pas sans rappeler les techniques de défense des braqueurs de banque devant les assises : « je ne faisais que le guêt », « je n'ai apporté que le chalumeau oxhydrique et les pinces monseigneur », les armes, les véhicules et que sais-je encore...

Vu de près, la banque centrale qui prête aux autres banques et en plus est chargée de les contrôler doit bien avoir une idée de ce qui se passe dedans. Et le cas échéant, elle doit réagir.

Au final, comme Alan Greenspan semble très préoccupé par le statut si restrictif de la Fed qu'il lui interdit, apparemment, de traiter de la « fraude », nous nous permettons une suggestion made in France. C'est l'article 40 alinéa 2 du Code de procédure pénale : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ».

Clair, net et précis, voici 300 mots qui, si on le croit, auraient aidé Alan Greenspan à prévenir la crise de liquidités actuelle. Si on le croit.


Richard Haussmann, PerformanceBourse.com

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