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11 octobre 2007

Le CAC à la recherche d'un catalyseur haussier

Ce n'est pas une semaine remarquable pour l'indice CAC 40. Au terme des cinq dernières séances, l'indice-phare de la place de Paris ne progresse que de 0,56 %, ce qui l'amène jusqu'à 5 838 points. C'est sans doute un niveau respectable après les récentes turbulences, même si on attend encore qu'il daigne se saisir du « col » des 5 900 points afin de déterminer la puissance de son mouvement haussier.

Fait significatif : les volumes échangés au cours de la semaine traduisent un certain désintérêt des opérateurs : au cours des cinq dernières séances, le volume moyen s'établit à 5,5 milliards d'euros, soit un à deux milliards en dessous de ce que l'on a pu observer durant l'été.

La peur, une valeur en baisse sur les marchés



Les courtiers se seraient-ils assoupis, ou ne trouvent-ils plus l'envie d'acheter ou de vendre quelque titre que ce soit ? Nous n'avons pas de réponse à cette question. En revanche, un petit retour en arrière ne fait pas de mal : nous vous avions parlé ces deux derniers mois de l'indice ViX - pour Volatility Index -, cet indicateur qui mesure l'anxiété des opérateurs sur les actions de l'indice américain S&P's 500. Cet « indice de la peur » avait atteint, mi août, le seuil des 30 points alors qu'il avait commencé l'année autour de 10.

Pratiquement tous les commentateurs ont évoqué le ViX lorsque l'anxiété était à son comble. Il est juste de revenir dessus maintenant que les craintes liées aux « subprimes » se sont atténuées : ce 10 octobre au soir, voilà le ViX revenu aux alentours de 17 points, et la tendance est à la décrue.

Manifestement, les boursiers américains sont moins nerveux qu'ils ne l'ont été au coeur de la crise des « subprimes ». Serait-ce le signe que l'avis de tempête est en train de passer ? A suivre.

Pas de doute, la reprise est bien visible : la détente des taux décidée par la Fed (18 septembre) a bel et bien été bénéfique aux valeurs US, ainsi qu'aux indices d'actions des marchés émergents (Brésil, Inde et surtout Chine) sont nettement repartis à la hausse. On notera cependant qu'en Europe, notamment en zone euro, la tendance est plus amortie. L'euro, qui a récemment atteint un nouveau record de 1,42 dollar, n'y est pas pour rien.


EDF en tête du palmarès haussier



En l'absence de forte variation sur le CAC et de forts volumes, il n'y a guère de miracle à attendre du côté des actions qui le composent. Signalons cependant que l'action EDF s'adjuge, sur les cinq séances qui se sont achevé ce mercredi, la plus belle hausse du CAC : +5,5 % à 77,60 €. De nouveau, et après un petit accès de faiblesse dans le creux de l'été, le titre de l'électricien nucléaire public se rapproche de ce qui est tout à la fois un plus haut historique et annuel : c'est-à-dire les 82,78 € atteints en séance le 2 juillet dernier.

Voilà plusieurs mois, EDF a noué un partenariat avec l'opérateur US Constellation Energy Group – dont 61 % de l'électricité produite est d'origine nucléaire. Rappelons que depuis l'accident de la centrale de Three Miles Island de 1979 – suivi par celui survenu à Tchernobyl en 1986 – l'énergie nucléaire avait mauvaise presse, et la construction centrale était au point mort.

La flambée des prix des hydrocarbures a changé la donne et le Washington s'est lancé dans la « diversification de la dépendance énergétique » américaine. Tout y passe : les mal nommés « biocarburants » - « agrochimicocarburants » serait plus adapté -, ainsi que le bon vieux nucléaire. Bref, c'est parti pour une relance de la construction de centrales nucléaires aux Etats-Unis, premier marché mondial de l'énergie. « Notre marché est grand ouvert à l'énergie nucléaire », a déclaré cette semaine Karen Alderman Harbert, la sous-secrétaire américaine à l'Energie. « Il y a suffisamment de place pour que tout le monde y participe », a-t-elle ajouté, le 2 octobre dernier.

Et voilà qu'en milieu de semaine dernière, le Times cite le président d'EDF, Pierre Gadonneix. Qui ne fait rien moins que confirmer qu'EDF entend bien construire sa première centrale américaine en 2015.


Vraie-fausse bonne nouvelle pour Sanofi



Seconde hausse de la semaine, l'action du laboratoire pharmaceutique Sanofi-Aventis ( +5,05 % à 63,12 €). Voilà qui fait du bien à cette valeur qui, comme ses concurrentes, souffre d'un relatif tarissement des nouveaux brevets ainsi que de la concurrence des médicaments génériques. Ce n'est pas sans raison que l'action Sanofi perd toujours 10 % de sa valeur depuis le 1er janvier.

Alors, est-ce la fin de la descente aux enfers ? Tout est relatif, car la hausse du titre tient moins à ses perspectives et à sa stratégie qu'à... son actionnariat. Lundi, des rumeurs provenant de Londres indiquaient que le groupe américain Pfizer chercherait à racheter à Total et L'Oréal, qui contrôlent à eux deux le quart de la « pharma », leurs actions Sanofi. La pétrolière française et le numéro un mondial des cosmétiques ont déjà fait savoir à de nombreuses reprises que leur participation historique au capital de Sanofi n'était pas stratégique. L'affaire est entendue. Reste à déterminer pour qui ces 24 % de Sanofi-Aventis pourraient bien être « stratégiques ». Car Pfizer n'a pas donné de suite pour l'instant.

D'ailleurs, mercredi matin, le Financial Times Deutschland publiait des propos peu engageants de Hans-Peter Spek, haut cadre de Sanofi. Qui disait en substance que même avec près de 4,5 milliards de dépenses en R&D chaque année, le groupe peine à rattraper son retard, notamment sur le marché américain (premier marché au monde – décidément – pour les médicaments). « Cela ne s'est pas produit dans la mesure espérée dernièrement ». Peut-être conviendrait-il de s'interroger sur la destination des dépenses de recherche ?

Le coeur du problème est là, et il se trouve que Pfizer est confronté aux mêmes sur son territoire. Ajouter les difficultés les unes aux autres n'a jamais rien résolu. De plus, Paris, c'est Paris qui avait fusionné Sanofi et Aventis, diluant ainsi la part que les allemands du groupe Hoechst avaient apporté à Aventis. Cela a donné un champion national français – et une brouille de plus avec les Allemands. Il est peu probable que l'actuel président, très soucieux de champions nationaux, laisse filer une part d'Aventis outre-Atlantique.


Le navrant dossier EADS



L'action EADS s'adjuge 5 % et remonte à 22,80 €. Certes, la « crise managériale » semble avoir été résolue par la nomination de Louis Gallois et la fin – relative – d'une présidence franco-allemande bicéphale. Peu à peu, il en est de même pour les difficultés industrielles rencontrées par les projets A380, A350 et même le transporteur militaire A400M. D'autant que c'est au tour de Boeing d'avoir des problèmes avec son DreamLiner...

Dans ce contexte, l'histoire de « délit d'initié massif » qui implique le haut management, et bien sûr les grands actionnaires, a de quoi faire pester. Les extraits du rapport préliminaire de l'AMF publiés par le Figaro sont accablants pour les hauts cadres d'EADS. Par respect de la présomption d'innocence, on ne dira rien sur les ministres et gouvernants en poste à l'époque.

Tout en rappelant que les participations dans EADS de Lagardère et de l'Etat sont rassemblées dans la holding Sogeade, et qu'il faut l'accord de cette dernière pour toute cession. Et que la Caisse des Dépôts est présentée – avec raison – comme le bras financier de l'Etat. L'Etat ne savait rien des difficultés d'Airbus ? Il était pourtant proche des cadres de Lagardère qui, eux, savaient manifestement. Et une « note pour le ministre » de l'Agence des participations de l'Etat (APE) publiée par le Canard enchaîné cette semaine recommandait, en date du 20 janvier, « qu'il serait opportun de céder une fraction de sa participation [de l'Etat] dans le groupe EADS », « dans la perspective d'un retournement de cycle anticipé à partir de 2008 ». Une bonne partie du management de Lagardère, d'EADS et des services de l'Etat étaient au courant qu'il y avait un « os » quelque part. Difficile de croire qu'au plus haut niveau, personne ne savait ni n'est responsable de rien.

Autre belle performance de la semaine, l'action Bouygues qui prend 4% et autant d'euros, pour flirter avec les 64 €. On a appris le 5 octobre que le groupe avait porté sa part dans Alstom de 25 à 30 %, ce qui rapproche l'échéance de son lancement dans le domaine nucléaire. Aucune OPA n'est prévue pour 2007, confirme Bouygues. L'action Alstom prend d'ailleurs près de 4 % également à 153,10 €. Reste maintenant à suivre l'avancement de l'ouverture du capital d'Areva.


Carrefour à la peine



Sur la semaine, et toujours parmi les valeurs du CAC, c'est l'action Carrefour qui subit la plus forte baisse, laissant 4,8 % à 48,21 €. La faute revient d'abord à son concurrent anglais Sainsbury's qui a annoncé mercredi un net ralentissement de ses ventes trimestrielles. L'effet de contagion a fait le reste. Par ailleurs, des rumeurs de marché craignent que le groupe n'annonce de mauvais chiffres lors de ses prochains résultats intermédiaires. Nous serons vite fixés : les trimestriels du distributeur sont attendus le 16 octobre.

En outre, le courtier Exane BNP Paribas a décidé mardi de rétrograder la valeur et conseille maintenant de la vendre : ses analystes estiment que la guerre des prix pèsera sur les marges du distributeur et que la séparation des actifs immobiliers du groupe, telle qu'elle est annoncée pour l'instant, ne sera pas d'un grand secours pour sa valorisation.


Le retour des « profit warnings » ?



Bon. Histoire de prendre de la hauteur, nous nous sommes permis de rechercher, ces derniers jours, les avertissements sur résultats – c'est-à-dire quand des prévisions de bénéfices sont remplacés par d'autres, moins bonnes – lancés par les grands groupes. Le résultat n'est pas – enfin pas totalement – inintéressant.
- Le 1er octobre, le géant bancaire américain Citigroup a lancé un avertissement sur ses résultats trimestriels pour cause de « subprimes ». Le même jour, l'helvétique UBS fait état d'une perte de 4 milliards de francs suisses – sa première perte trimestrielle en neuf ans ! - et lance un « warning » sur ses résultats du T3. Credit Suisse fait de même, le même jour.

- Le 3 octobre, la première banque allemande Deutsche Bank s'y résout à son tour.

- Le 5 octobre, c'est au tour de la banque d'affaires américaine Merrill Lynch, avec une perte de 5 milliards de dollars liés aux « subprimes ». Avec « warning » assorti.

- Le 8 octobre, la SSII française Business Objects a lancé un « profit warning » sur ses prévisions du T3, même si l'allemand SAP a lancé depuis une OPA à 42€ par titre, qui en amenuise l'effet de cette annonce sur les cours.

- Le 10 octobre, la pétrolière US ChevronTexaco a annoncé qu'elle manquerait ses prévisions du T3, en raison de charges exceptionnelles fiscales, sociales et environnementales.

Nous vous épargnons les autres valeurs qui imitent leurs grandes soeurs ces dix derniers jours, comme Valero Energy, ou International Paper – entre autres – aux Etats-Unis. Sans lancer d'avertissement, les résultats de l'aluminier Alcoa ont manqué le consensus.

Et des rumeurs de « profit warning » courent sur les marchés à propos du constructeur auto Renault, de la banque Société Générale, et de la pétrolière anglaise BP.

Sans surprise, les banques sont les principales victimes de cette épidémie d'avertissements. Reste à savoir si les pertes liées aux « subprimes » s'arrêteront en si mauvais chemin. Rappelons que le décalage des prêts immobiliers à taux révisables, très utilisés aux Etats-Unis, met un à deux semestres avant de produire pleinement ses effets. Ce qui signifie qu'il est hautement probablement que les défauts de paiement des ménages US – comprendre : les ménages qui se trouvent incapables de payer leurs mensualités de crédit – ont de bonnes chances de perdurer jusqu'en milieu d'année prochaine.

Peut-être que la crise touche à sa fin, mais il est certain qu'elle n'est pas terminée. Et qu'il a fallu que les banques centrales ouvrent en urgence et en (encore plus) grand le robinet des liquidités pour limiter la casse. Ce qui n'est qu'à demi rassurant.


Ce qu'en disent les grands argentiers européens



Ecoutons un des membres de la BCE, Jose Manuel Gonzalez-Paramo, qui a donné cette semaine une interview à l'agence de presse espagnole EFE : « les tensions sur les liquidités n'ont pas disparu des marchés. La situation s'est améliorée, mais il est logique qu'elle se prolonge de plusieurs semaines ». Ces turbulences n'ont pas affecté les prévisions-maison de la BCE quant à la croissance européenne, mais elles ont augmenté les incertitudes pesant sur leur réalisation, commente-t-il en substance. Tout est dans la nuance...

Gonzalez-Paramo ne craint pas de dire que parler de « crise » pour la situation actuelle est trop fort. On comprend son souci diplomatico-économique. Mais rappelons qu'en un mois, en Europe, l'Etat et les régulateurs allemands (banques IKB et Sachsen LB), puis la Banque d'Angleterre et in fine la garantie absolue de l'Etat britannique (banque Northern Rock) ont du intervenir en urgence. Une première depuis des décennies.

Son collègue italien Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, a déclaré le même jour à l'International Herald Tribune que les perspectives mondiales de croissance n'étaient pas remises en cause.

Président du forum des ministres des Finances de la zone euro (ou Eurogroupe), le ministre des Finances et Premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker a estimé que la croissance de la zone euro pourrait être prochainement pénalisée par la vigueur relative de la monnaie unique : « il se peut qu'il y ait une croissance plus lente en 2008 dans la zone euro » à cause des « taux de change extérieurs historiquement élevés de l'euro par rapport aux autres monnaies, le dollar, le yuan et le yen ».

Ensemble, les grands argentiers en ont profité pour brocarder les grandes monnaies, notamment en Asie où les devises sont liées plus ou moins fixement au dollar US et évoluent donc dans le même sens que lui – à la baisse. Ce qui n'est pas le cas de l'euro. La Chine était la première visée. Les Etats-Unis et le Japon étaient mentionnés en termes plus mesurés, en raison des désaccords entre Européens – principalement entre Français et Allemands.

Pour l'instant, la Commission s'attend à 2,5% de croissance en Eurozone, en 2007 comme en 2008. Le 9 novembre prochain, elle annoncera si et comment, le cas échéant, elle révisera ses prévisions. A suivre...

Richard Haussmann

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