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10 décembre 2007

Corée: La “longue marche” vers la réunification

C’est une première depuis la partition du pays en 1953. Un train de marchandise traversera dans le courant de la semaine la frontière qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud. Au-delà des bénéfices économiques du développement du fret, ce trait d’union entre les deux ex-sœurs ennemies de la guerre froide constitue un pas supplémentaire vers la réconciliation. Car les gestes de bonne volonté se multiplient de part et d’autre du 38e parallèle. En l’espace de deux mois, le Premier ministre nord-coréen Kim Yong-il et son homologue Han Duck-soo ont signé plusieurs accords de coopération dans les domaines économique et diplomatique. Outre le fret ferroviaire, les deux dirigeants sont convenus de s’associer pour la construction d’un chantier naval à Nampo (Corée du Nord) et d’instaurer une zone de pêche commune en mer Jaune pour éviter les accrochages dans ce secteur frontalier ultrasensible. Autre bonne nouvelle pour Séoul, Kim Yong-il entend accélérer l’implantation d’entreprises sud-coréennes en Corée du Nord. Une vingtaine de sociétés, comme Hyundai, sont d’ores et déjà installées dans la ville frontalière de Kaesong. Elles y emploient 13?000 Nord-coréens à un salaire mensuel de 55 dollars contre 1?000 dollars pour un Sud-Coréen. Hyundai ambitionne d’employer à terme 350?000 ouvriers dans 2?000 usines. Le groupe a d’ailleurs décroché en novembre un contrat pour développer des sites touristiques nord-coréens comme le Mont Paektu ou la région de Kaesong. Au total, Séoul injecte chaque année 465 millions d’euros dans l’économie nord-coréenne et se positionne désormais comme investisseur n° 1 dans le pays. Les délocalisations lui permettent de produire à moindre coût tout en apportant un peu d’oxygène à une économie locale sinistrée. Déjà soumise à des sanctions internationales à cause de ses installations nucléaires*, la Corée du Nord a subi des inondations massives l’an dernier. Bilan, une économie en décroissance de 1,1 % en 2006. Le pays est chroniquement confronté à des pénuries alimentaires à cause d’une production de céréales insuffisante. Le peuple souffre d’autant plus de la faim que le gouvernement ne permet pas au PAM (Programme alimentaire mondial) de couvrir tout le territoire. De son côté, la Corée du Sud accumule les succès. Onzième puissance économique mondiale, elle affiche une croissance forte (5 %), un taux de chômage bas (3,2 %) et un déficit budgétaire limité (1,5 % du PIB). Quatrième déposant de brevets au monde, elle a lancé un programme spatial, doté d’un budget de 2,7 milliards d’euros, pour élaborer un lanceur de satellites. Elle détient aussi le troisième rang mondial en termes d’utilisation des technologies de l’information (Internet, télévision par câble et téléphonie mobile) avec un maillage réseau qui couvre 98 % du territoire. Et elle accueillera à Yeosu l’Exposition internationale de 2012. Pour l’heure, les Sud-Coréens s’apprêtent à élire leur président. Le candidat conservateur Lee Myung-bak est donné gagnant par les sondages. Or son élection le 19 décembre pourrait porter un coup de frein au rapprochement des deux pays. Lee Myung-bak jugerait l’actuel gouvernement trop conciliant avec Pyongyang…

Valérie Gelézeau
Maître de conférence à l’Ehess


Une réunification est-elle envisageable alors que les deux pays sont radicalement opposés tant sur le plan politique qu’économique ?
L’exemple allemand prouve que rien n’est impossible. Mais c’est un processus complexe qui s’inscrit sur le temps long. Dès 1972, les pays ont établi le principe de la réunification pacifique et du respect des deux systèmes. La coopération s’est accélérée dans les années 1990. Les échanges économiques entre Séoul au Sud et Pyongyang au Nord étaient alors négligeables. Aujourd’hui, ils représentent 25 % du commerce international de la Corée du Nord. Autre point, la frontière, qui est restée très longtemps un no man’s land, est maintenant traversée par des délégations du Sud. Et les zones franches, les liaisons maritimes et connexions ferroviaires amorcent une réintégration territoriale.

Pourquoi la Corée du Nord accepte-t-elle de s’ouvrir et se réformer ?

Elle n’a pas le choix. Suite à l’écroulement de l’URSS, elle a traversé une décennie terrible de décroissance et de famine, avec un bilan de plus de 300?000 morts. En 2002, elle a dévalué le won, augmenté le salaire moyen, octroyé quelques libertés aux entreprises tout en développant les liens avec le Sud. Elle refuse une absorption pure et simple mais propose de créer un État fédéral.

Pourquoi la riche Corée du Sud veut-elle se réunir avec un pays si pauvre ?

Séoul veut d’abord que le Nord se développe pour atténuer les disparités. Le coût de la réunification a été estimé entre 300 et 2?000 milliards d’euros. Mais elle signifierait pour le Sud un accès au continent, des ressources considérables en fer, charbon, centrales hydrauliques et 70 millions d’habitants. Bref, une vraie puissance régionale, ce que le Japon, la Chine, la Russie et les États-Unis ne souhaitent pas vraiment…

Ophélie Colas des Francs

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