10 décembre 2007
Kosovo: illusoire indépendance
Le Kosovo veut son indépendance face aux Serbes. En a-t-il les « moyens » ? Évidemment non. Et il ne suffit pas à la « province séparatiste » de proclamer unilatéralement son indépendance après la réunion du Conseil de sécurité le 19 décembre pour que l’État du Kosovo voie le jour. Le territoire, peuplé à 90 % d’Albanais et administré par l’Onu, vit sous perfusion internationale depuis 1999. « L’indépendance ne résoudrait pas son problème majeur explique Catherine Samary maître de conférence à Paris Dauphine. La province regorge de ressources naturelles comme le lignite, le zinc ou le plomb mais 90 % des entreprises minières sont aujourd’hui en friche. » Une désaffection industrielle due à l’éclatement de la Yougoslavie en 1989. Sous Tito, l’industrie minière représentait 45 % du PIB de la région. Les 500 entreprises en propriété collective bénéficiaient de 400 millions d’euros d’investissement chaque année. Dix ans plus tard, faute de financements publics, elles ne recevaient plus que 45 millions d’euros. « L’Onu a créé le Kosovo Trust Agency pour privatiser le secteur. Mais son fonctionnement est opaque et sa capacité d’action nulle, poursuit l’économiste. La population subit des coupures de courant quotidiennes alors que le Kosovo pourrait éclairer tous les Balkans. » Les habitants souffrent d’un chômage supérieur à 60 % de la population active. D’après la Banque mondiale, plus de la moitié des Kosovars vivent sous le seuil de pauvreté. Or « les expatriés jouissent d’un pouvoir d’achat démesuré par rapport aux salaires locaux. La présence internationale crée un effet pervers pour l’économie locale. Le Kosovo importe massivement et peine à exporter à cause du niveau de l’euro, monnaie en cours dans la province. » Pour Samary, la proclamation de l’indépendance ne changera rien. « Le Kosovo évoluera vraisemblablement comme la Bosnie: officiellement indépendant mais incapable de s’affranchir du protectorat international. »
Ophélie Colas des Francs
Ophélie Colas des Francs













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